DE LA GYNMASTIQUE DU MAJEUR

Il y a longtemps, mon prof de philo, se moquait de mon manque de talent littéraire. Et il avait sûrement raison, à l'époque. Et pourtant, avec le temps, je suis arrivé à enchaîner quelques mots les uns après les autres en tentant de les structurer.

Et je me suis vite retrouvé à la tête de quelques lignes, de quelques mots d'auteur qui, mis bout à bout, commencèrent à prendre la forme de scénarios (scenarii pour les italianisants) dont quelques-uns devinrent des films et beaucoup d'autres de jolies pièces de musée (tout à fait admirables).

Comment ce miracle put-il avoir lieu…

Eh, bien, simplement grâce à ce que j'appellerai la gymnastique du majeur de la main droite (même pour les gauchers).

Pour écrire, le premier des secrets - et c'est pour vous le confier secrètement que, soudain, je vous parle plus bas - réside dans la musculation manuelle qui vous mènera irrésistiblement vers le bouton d'allumage de votre ordinateur.

Et puis ensuite, il vous suffira de taper les mots les uns derrière les autres… Fastoche comme truc.

Allez donc prendre conseil auprès de Sean Connery dans 'À la rencontre de Forrester', il vous posera son underwood sur les genoux et vogue la galère.

Waooo… Je suis épuisé. La prochaine fois on parlera du choix du sujet, un autre truc vraiment fastoche si vous savez vous y prendre.


 
QU'EST-CE QUE JE VAIS BIEN POUVOIR RACONTER ?

Avant que la page blanche ne vous engloutisse, voici mes précieux conseils…

Commencez par parler de vous, de ce qui vous intéresse, puisque c'est vous que vous connaissez le plus intimement et depuis si longtemps.

"Mon père était vétérinaire, il soufflait dans le derrière des chevaux, pour les rendre plus gros, plus gros. Un jour un cheval récalcitrant souffla dans le tube avant mon père, qui avala le tube en verre, on a bien ri chez mes parents…".

Voilà une très belle histoire à raconter quand on a un père vétérinaire ou clown animalier, car bien entendu il s'agit là d'une très belle chanson mise en vedette par Michel SERRAULT dans ce magnifique et inoubliable film de cinéma : "Nestor Burma, détective de choc" de Jean-luc MIESCH, c’est-à-dire moi-même ; mon père étant clown vétérinaire dans un zoo, cette chansonnette était forcément d'actualité. Stop, les galéjades.

C'est pas comme ça que ça se passe. Allez voir ce qu'en dit le merveilleux Sean CONNERY dans : "A la rencontre de Forester"; c'est pas le plus grand film du monde, mais c'est un moment émouvant qui vous donne envie de casser la gueule à toutes les pages blanches du monde. Écrire, écrire et devenir le nouveau Maître du roman américain !

Moi en ce qui me concerne, je m'allonge sur mon divan et je ferme les yeux, me laissant couler dans le film qui viendra inonder mon esprit le temps d'une petite sieste des familles. Et ça vient toujours.

Luis BUNUEL ne dit pas autre chose quand, répondant à la question : " - Maître, comment faites-vous quand vous ne savez plus où vous en êtes de votre mise en scène ?" "- Je ferme les yeux et je regarde le film !"

Écrire, comme mettre en scène ou concevoir une œuvre, c'est avant tout concevoir une vision, l'analyser puis tenter de la reproduire, de l'écrire. Rien de bien difficile, rien de si facile. Ça dépend surtout du cerveau que vos parents vous ont offert lorsqu'ils ont fait le choix de vos pièces détachées. Ont-ils mis le prix dans l'achat des neurones créatifs, ont-ils mégoté à la dernière seconde ? Allez donc le leur demander, leur faire les reproches qui fâchent et vous coupent de l'héritage.

L'imagination doit être à la hauteur de vos ambitions. Allez-y, cassez-vous le ciboulot ; c'est à ce prix que vous ferez jubiler les amis que seront vos lecteurs et vos spectateurs.

Juste une histoire ; c'est mon pote Robert SINGER, un grand scénariste américain, New Yorkais serait plus juste, qui pour se moquer de moi me la raconta sur un banc de Central Park.

Un producteur New Yorkais imposant et important - à vous de trouver de qui on parle - décide un jour de mettre en chantier un film racontant l'histoire d'amour d'une pute et d'un psychanalyste. Un projet bandant et plutôt carré.

Il convoque trois scénaristes : un français rapide, un italien malin et un américain ricain. Réunis dans son bureau, les trois forçats de l'écriture ont bien compris le marché. Et c'est pour quand ? Pour quand vous aurez trouvé.

Les trois scénaristes quittent le bureau du Nabab et les voilà déjà à la recherche de l'Histoire d'amour entre la pute et le psychanalyste…

Le français a soudain mal au ventre. Il quitte ses deux amis et se réfugie dans les toilettes de la production. Le producteur, à la prostate fatiguée, le rejoint sans le savoir. À peine le temps de dézipper qu'une voix française le fait sursauter. J'ai trouvé l'histoire !…

C'est à Paris. Une pute, ni très belle, ni très intelligente (on aime ça dans le cinéma français) fait le trottoir depuis quelques années rue Saint Denis dans le quartier des Halles. Elle n'a pas eu d'enfant, elle n'a pas de souteneur, elle n'a pas d'amis. Elle en a marre. Il faut que ça change. Elle décide d'aller consulter un spécialiste ; pourquoi pas un psychanalyste ? Sitôt dit, sitôt fait. Et voici notre pas terrible pute au grand cœur allongée dans le cabinet d'un psychanalyste ni très beau, ni très causant (on préfère ça dans le cinéma français). Et hop ! Cœur solitaire rencontrant cœur solitaire, une belle histoire d'amour s'épanouit tout au long de cette thérapie mièvre et inattendue (on bande comme ça dans le cinéma français).

Rien à dire, le sujet est respecté. Cependant, Monsieur Nabab américain décide d'entendre ce que les autres auront à lui dire. Le lendemain, c'est le malin qui se pointe. L'Italien a lui aussi trouvé l'Histoire qui remplira les caisses et soignera ses droits d'auteur…

Los Angeles. C'est le Congrès Mondial de la Psychanalyse. Venus du monde entier les sommités se bousculent dans les couloirs de l'immense Palace qui abrite les débats. Certains, les plus riches, se sont même offerts sur place des suites hors de prix. Venu de quelque part, le plus prometteur de tous les jeunes loups de la psy d'outre atlantique s'est offert la terrasse impériale au dernier étage du building. Il est beau, d'origine italienne, riche et couvert d'or. Ses longs cheveux gris flottent au vent des climatiseurs. Son spleen est patent, son ennui énorme. Avant de tuer le temps et donc de se voir arrêter, il se tourne vers son cousin, d'origine italienne lui aussi, et lui demande de bien vouloir lui prêter les clés de sa voiture. Une Ferrari, une belle voiture d'origine italienne. Sportive et tout le toutim. Dans la rue, la Ferrari se montre récalcitrante. Et sur Hollywood Boulevard, ça la fout mal. Même les putes qui arpentent sur les Stars se foutent de sa gueule ; et surtout, cette magnifique brune d'origine italienne, aux longs cheveux bouclés. Elle porte des cuissardes qui lui remontent jusqu'à l'aine et se gausse du jeune psy aux cheveux gris. Passe-moi le volant, Hey ! Fangio ! (un Argentin d'origine italienne qui fut champion du monde au volant d'une Ferrari justement) Et les voilà partis sur les voies du chemin de la route de l'amour.

C'est extra… mais, j'ai déjà vu ça, hurle le producteur. Ouais, glousse le malin de la botte, et ça a drôlement bien marché, Pretty Woman !

Il me manque l'Américain. Je vais l'attendre décide le Weinstein nouveau. Une longue quinzaine passe. Toujours pas de nouvelles du ricain américain. Un coup de fil et voilà le plumitif, maussade et pas crâneur qui débarque au bureau. La tête dans le "sot", il n'ose parler, il a une idée, une toute petite idée de départ…

Ça se passe à New York. Un bloc de gratte ciels. Une call-girl travaille dans l'aile gauche. Elle reçoit en appartement. Et comme les clients ça salit, alors elle régale sur un canapé déhoussable. Dans l'aile droite, un psychanalyste a installé son cabinet. Il couche ses clients sur un canapé. Et comme c'est bien connu, les malades c'est salissant. Alors le canapé est déhoussable. Entre le studio cosy de la pute et le cabinet du psy, un chinois travailleur et analphabète (en américain) a installé une laverie spécialisée dans le nettoyage des housses de canapés sales. Un échange malheureux de housses de canapés, et les voilà pute pas pute et psy pas psy dans les bras l'un de l'autre.

Et c'est qui qui signa le contrat d'écriture avec Monsieur Nabab, L'auteur le plus jubilatoire des trois. Mais faut pas en déduire que c'est les Ricains qui gagnent à tous coups. "Les Etats-Unis c'est juste une sorte de Club d'Européens mécontents". (Jean RENOIR)

Se connaître c'est faire le choix des histoires, mais c'est aussi le choix du genre, du style…

Moi, j'aime les comédies ; même si je ne déteste pas le reste. Vous vous en seriez douté. Rabelais a bien dit que le RIRE était le propre de l'homme. Encore une vérité qui fout le camp, car le panel de mes admirateurs ne cesse de grossir à vue d'œil. On a d'abord trouvé un bien joli sens de l'humour à quelques chimpanzés, bonobos et autres macaques. Mon dernier copain en date, professeur à la Bowling Green State University, Jaak PANKSEPP vient juste de révéler que le rat lui aussi aimait se fendre la gueule. En le soumettant à des chatouillis intenses, le rat commun produit une série de sifflements aigus et brefs indétectables par l'oreille humaine. Ces sifflements d'abord interprétés comme des signes de détresse ou d'excitation sexuelle, seraient en réalité des rires.

Les rats ont-ils le sens de l'humour ? That is the Question !

Les scénaristes ayant eu un père clown vétérinaire doivent-ils avoir le sens de l'humour ? Vaudrait mieux, mais c'est pas gagné. Et pour gagner à coup sûr il n'y a pas non plus de recette magique, à part ici où quand vous aurez tout lu et pas tout compris, il sera encore temps de dessiner des rats marrants sur une page blanche. Ça a marché avec Walt Disney ; pourquoi pas avec vous !


 
ALLO, DOCTEUR MERGAULT ? BOBO… 

J'ai mal à mon texte. Mon scenar bat de l'aile. L'ai-je bien descendu ? (la continuité dialoguée pas l'escalier de la notoriété bien sûr).

Souvent quand j'écris, une belle âme se penche sur mon épaule et me balance : c'est pas compliqué ton truc, moi aussi je suis capable d'écrire un machin comme le tien. Et hop, un nouveau BALZAC venant de naître, les premières pages du futur GONCOURT ne tardent pas à se mettre en forme… jusqu'au premier Couac. Parfois, l'imagination guide l'écrivain, le scénariste en herbe, jusqu'au mot fin.

Et là, on fait appel à MERGAULT ou à quelqu'un dans son style : précis, efficace, cultivé, connaisseur. Ce spécialiste es-movies s'appelle un SCRIPT DOCTOR. Et cet homme de l'Art7, va vous permettre de faire passer votre histoire sympathique et un tantinet brouillonne au rang de récit efficace et structuré. Depuis la nuit des temps, il y a les griots qui racontent et des griots qui captivent leur auditoire. Rendre le récit CAPTIVANT, voilà le but du SCRIPT DOCTOR. Il a une arme pour ce faire : la CONNAISSANCE.

Et comme le disent certains de mes amis : "Seule la Connaissance peut faire de vous les dignes scénaristes d'une profession trop souvent non éduquée".

Ici, l'ami Olivier MERGAULT se donne tout le mal pour vous guider sur le chemin de la route (jolie formule) du savoir faire.

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voilà comment ça fonctionne un récit structuré :

Tout d'abord faire le choix de son sujet. C'est le plus facile bien que le plus délicat. Mon conseil : si vous n'avez rien à dire, gardez-vous d'ennuyer votre auditoire. Laissez tomber !

Ensuite, construisez.

Quel incident déclencheur fait exister votre histoire ? Qu'arrive-t-il de si important à votre héros ? Cet incident initial pose LA QUESTION du film. Histoire d'amour : notre héros va-t-il enfin pouvoir réaliser son rêve avec la personne objet de son désir ? C'est au CLIMAX, c’est-à-dire à la dernière scène de l'ACTE III que le public trouvera sa réponse. Comme le spectateur attend la réponse depuis l'incident déclencheur, ce CLIMAX est, pourrait-on dire, la scène de jouissance, la scène orgasmique du film. Littéralement le public prend son pied en vivant la réalisation des espoirs du héros (ou la non-réalisation car c'est l'auteur qui fait le choix).

Un film ça se construit ensuite par la Fin.

Puisque nous avons situé le CLIMAX à la fin de l'ACTE III, à la fin de l'ACTE II nous installerons une sorte de CLIMAX intermédiaire que nous appellerons la FAUSSE FIN.

Là, l'histoire d'amour qui se réalisera au CLIMAX prend un sacré coup dans l'aile. L'amour devient impossible ; le héros est au fond du désespoir. Si l'histoire se termine si mal à la fin du deuxième ACTE, comment la faire reprendre une virginité pour le troisième ACTE. Simplement à l'aide d'un événement (sorte d'incident déclencheur du Troisième ACTE) qu'on appelle NŒUD DRAMATIQUE 2. Ce Nœud Dramatique est le démarrage du SUSPENS FINAL qui tient en haleine le spectateur jusqu'au CLIMAX.

Faîtes gaffe… Une fois le CLIMAX passé, le spectateur a tendance à faire ses valises. Ne traînez donc pas à lancer le générique !

Puisqu'il y a eu un NŒUD DRAMATIQUE 2, il doit donc y avoir un NŒUD DRAMATIQUE 1. Et le coquin se situe à l'ouverture de l'ACTE II (comme l'Incident Déclencheur de l'ACTE II).

Un Récit structuré se construit donc de la façon suivante :

Acte I
Présentation
Incident Déclencheur
fin de la présentation

Acte II
Nœud dramatique 1
Fausse Fin

Acte III
Nœud dramatique 2
Climax

C'est simple mais aussi un peu plus compliqué que ça. En effet, l'ACTE II étant le corps du film, il peut sembler disproportionné par rapport aux deux autres actes plus courts. Et c'est vrai idéalement l'ACTE II se scinde en deux grands sous-actes : L'ACTE II A et L'ACTE II B ; ces deux parties étant séparées par la notion la plus complexe du sujet le POINT DE NON RETOUR.

Le POINT DE NON RETOUR est la charnière du film, la bascule. Jusque-là le héros vit dans l'histoire ; ensuite il la subit.

Cette bascule marque le passage du héros d'un état à un autre :
Inconscience / Conscience
Sans danger / En danger
Etc…

Le POINT DE NON RETOUR se situe de préférence au beau milieu du film (à 50 minutes pour un film de 100 minutes). Le placer avec netteté aide le scénariste à organiser les péripéties.

Acte II
Acte II A
NŒUD DRAMATIQUE 1
POINT DE NON RETOUR
Acte II B
FAUSSE FIN

Et même si ça paraît complexe ; tout ça c'est pas bien difficile.

Une histoire d'amour à analyser ? Prenez "Vous avez un message" avec Meg RYAN et Tom HANKS. Identifiez-y tous les points de passage décrits ci-dessus. Pas si compliqué. Le POINT DE NON RETOUR : au café, le rendez-vous manqué entre les deux héros une rose à la main. Tom HANKS qui a compris que c'est Meg RYAN celle avec qui il a rendez-vous, décide de ne pas se dévoiler. Elle est son ennemie professionnelle et son coup de cœur caché.

Ces quelques notions de construction font la différence entre une histoire et un récit. Si on n'a pas été au bout de l'histoire, si on s'est arrêté après quelques pages, c'est qu'on n'avait pas une idée précise de la FIN de l'Histoire, donc du SENS du film.

Que voulais-je raconter et pourquoi ?

Un auteur ne parle que de soi, même s'il raconte l'homme de NEANDERTAL aujourd'hui disparu.

Disparu ? Vraiment ? Laissez-moi vous raconter l'Histoire…

Et si j'y arrive pas ; alors j'irais voir Olivier MERGAULT ou un gars dans son genre ; un SCRIPT DOCTOR qui saura me remettre les idées en place. Un type au savoir efficace qui saura identifier les points importants donc saura rendre à CÉSAR ce qui est à CÉSAR.

Et comme le CÉSAR est au Cinéma Français ce qu'OSCAR est à Louis De FUNES… À bon entendeur salut !


 
QUE FAIRE DU PAPIER PEINT ?

D'abord ça ne nuit pas d'avoir du goût, du style, de la vista, du talent à l'écriture… C'est ce que j'appellerais avoir un beau papier peint à offrir à l'admiration du public, des lecteurs aux spectateurs.

Un beau papier peint c'est un beau climat, des dialogues flamboyants, des décors signifiants, un superbe choix d'époque, de style…

Est-ce que ça suffit ? Assurément non.

Imaginez que vous ayez acheté un papier peint d'enfer pour y vivre un bonheur réjouissant. Sur quels murs de votre habitation allez-vous le coller ? En architecture comme dans la vie courante, c'est simple, il suffit de regarder autour de vous et de désigner l'emplacement ad hoc. Il ne vous viendrait pas à l'esprit d'imaginer le papier peint accroché en plein champ, les fondations même pas sorties de terre.

Et pourtant quand il s'agit d'un scénario, d'une histoire… Bien souvent on a les bras chargés de papier peint alors que la maison n'est pas prête à vous offrir ses murs. On appelle ça aussi mettre la charrue avant les bœufs. Et c'est là un obstacle souvent insurmontable pour les auteurs débutants.

C'est bien d'avoir un langage fleuri, des gags à mourir de rire, un chef opérateur de génie, une période historique chérie… Ce n'est pourtant que du papier peint. Pour qu'il puisse donner sa pleine mesure, être admiré sans réserve… il faut le coller sur des bases solides ; une histoire construite avec un début, un milieu et une fin ; rien d'autre que ce que j'appelle les murs.

Ca paraît simple et évident ; ce n'est pas inutile de se rappeler les fondamentaux ; comme les patineurs ont leurs figures imposées et les pianistes leurs gammes.

Une fois la fascination du papier peint passée - ça donne des envies d'écrire, ça transporte - passez sans attendre à la construction traditionnelle du film. Incident Déclencheur, les trois Actes, le Point de Non-retour, la Fausse Fin, le Climax… Et là votre papier peint personnel, original et talentueux, prendra tout son éclat.

Si vous visionnez "LES TONTONS FLINGUEURS" vous admirerez le sens du dialogue du jeune Michel AUDIARD, un petit gars qui allait faire parler les plus grands acteurs du cinéma français. Eh bien ! si ça a marché, c'est parce que le papier peint était accroché sur un mur solide.

C'est pareil avec "BRICE DE NICE", la construction fonctionne ; alors le papier peint vous apprend à tout "CASSER", d'Igor de HOSSEGOR à MARIUS de FREJUS en passant par Mario de MACAO (j'ai du mal à me rappeler sa tronche à celui-là)… Et le spectateur peut se marrer sans arrière-pensées… Pourquoi il fait ça ? Pourquoi il dit ça ? C'est où que ça se passe ? Mais je croyais que…

Seul petit bémol sur BRICE : l'incident déclencheur qui nous emmène jusqu'au Climax - (BRICE surfant enfin sur sa vague de NICE) - est un peu mou du genou. Alors on reste sur sa faim jusqu'à l'arrivée de MARIUS qui nous "rebooste" jusqu'au bout du film.

J'adore les Comédies !

Et je le colle où mon papier peint ? Sur l'écran de tes nuits blanches…


 
DU BON USAGE DES DOCTEURS MIRACLES

Comme nous en avons déjà causé, quand on ne sait plus ce qu'on écrit et si ce qu'on écrit respecte bien les objectifs initiaux, alors on cherche son lecteur : ce testeur bienveillant, ni complaisant, ni pervers, ni flatteur, ni je-m'en-foutiste, ni par-dessus-la-jambiste. Bref, il vous faut vous trouver une perle rare efficace et compétente. Moi, mon lecteur, il s'appelle Olivier MERGAULT. Et quand il me pose son diagnostic, j'ai les foies… Je tremble comme un mille-feuille.

Et si la lecture de Monsieur MERGAULT appelle des remaniements, eh bien, le quidam prend sa blouse de chirurgien et y va de ses coups de scalpels bienfaiteurs. Et pourtant, que c'est dur d'entendre, d'écouter les symptômes de la maladie. Car on y a mis tout son cœur, toute son âme, tout son talent si peu apparent.

Si j'ai parlé de chirurgie, c'est parce qu'un bon, un vrai, un efficace script doctor, c'est essentiellement ça : un chirurgien. Si le mec se contente de te faire un massage superficiel, une sorte de carresse dans le sens du poil, ça ne sert à rien. C'est même une supercherie, une mauvaise action.

Alors, quand je vois fleurir par ci par là, sur le net, des officines de script-doctoring à la petite semaine : je te remplis une fiche pour 100 Dollars, et je te tête-à-têtise sur la toile pour un petit billet de 200 ; alors, là j'ai envie de dire "Touche pas au Grisby, salope !"… Le Grisby étant le petit trésor que l'auteur a bien voulu confier à l'analyse logique du professionnel.

Si script-doctorer c'est faire de la mise en page ou de l'analyse grammaticale, il y a des logiciels spécialisés. Si c'est apprendre à écrire en langue connue, il y a des écoles pour ça. Et comme le talent ça ne s'inculque pas, alors heureusement qu'il y a du déchet et que tout le monde ne doit pas avoir le droit de poser n'importe quoi sur une feuille blanche. Sript-Doctors de qualité arrêtez de faire croire à des nains de l'imaginaire que même les amateurs indignes ont le droit de vivre de leur plume.

Pour paraphraser un expert-psychologue auprès des tribunaux qui aurait mieux fait de ne pas se prendre pour un spécialiste à la parole fiable : "Avec des tarifs de femme de ménage, tu as des consultations de femme de ménage".

Par contre, un Script-Doctor peut offrir gracieusement ses services en attendant parfois un retour d'ascenseur, le jour où le projet cinématographique ou télévisuel aura pris forme. Il doit quoi qu'il en soit aller au fond des choses, ne pas se contenter d'un survol rapide des scripts. Lire, c'est difficile, prenant, fatigant.

Ça bouffe le temps ; ça bouscule les connaissances et engage l'honnêteté, bien souvent amicale. Car il n'est pas inutile que votre lecteur, qui deviendra votre Script-Doctor, soit votre ami.

C'est pourquoi, et pourtant c'était pas gagné le premier jour, Olivier MERGAULT est mon ami. Il est aussi talentueux et bienveillant ; un peu noir et désespéré. Pessimiste et misanthrope ! Mais si talentueux que je vous engage à tenter de vous en faire un pote professionnel.

Bien entendu, j'ai touché un max de fifrelins, de flouse, de pépettes, pour pondre ce cirage de pompes qui n'engage que moi.

Et comme disait Alphonse ALLAIS : "À bonne en tendeur, SAMU… Docteur MERGAULT!"


 
IRONIE DRAMATIQUE ET CHAPEAU BRECHTIEN

À chaque fois que je parle de chapeau Brechtien je vois les yeux de mes camarades de causerie s'écarquiller en imaginant le joli chapeau tyrolien que devait porter le beau Bertold ! Un truc sans plumes mais avec des poils de blaireau sur le dessus.

Mais ne me prenez pas pour un blaireau si je me permets d'associer ici même ironie dramatique et chapeau Brechtien !

L'Ironie dramatique par excellence met en scène le cocu de la farce qui est toujours le dernier averti de son infortune. Tout le monde sait la chose mais pas lui. Plus le porteur de cornes se rapproche de la révélation, plus il la frôle, plus l'ironie fonctionne.

Chez certains auteurs bien connus - tels Feydeau, Labiche, Mergault… - les portes, armoires et autres lieux de dissimulation sont utilisés comme accessoires complices de cette ironie. C'est parfois un peu gros - surtout chez Mergault à cause de la rime -, mais ça marche du feu de Dieu.

Dans un scénario, il y a ironie dramatique quand le spectateur est averti de "quelque chose" avant le héros. Le scénariste, par ce stratagème d'écriture, fait du spectateur son complice. Il le met dans la confidence. Pour que l'ironie fonctionne, c'est affaire de "calendrier": le spectateur doit toujours garder une longueur d'avance sur le héros objet de cette ironie.

Quand les deux protagonistes de cette ironie - le spectateur et le héros - se retrouvent sur la même longueur d'ondes, l'ironie dramatique cesse immédiatement.

C'est le scénariste qui décide d'user ou non de cette possibilité ironique. Bien souvent l'auteur débutant en oublie l'efficacité jubilatoire et c'est dommage.

Un de mes grands principes d'écriture : ne jamais oublier qu'une histoire parfaitement scénarisée a horreur de l'éjaculation précoce. La mauvaise éducation serait : J'ai une idée, je la balance et hop, me voilà à nouveau à sec !… Comment prendre son pied en agissant ainsi. Une somme de bonnes idées esquissées ne donne pas une bonne histoire captivante.

Le but de toute histoire bien menée est de faire prendre son pied au spectateur. Le récit structuré comme tout acte d'amour doit prendre son temps ; il doit passer par le plus grand nombre de préliminaires imaginables - sans trop traîner non plus pour ne pas lasser, endormir - pour enfin se libérer en permettant au spectateur de jouir en parfaite complicité.

Bien écrire, c'est aussi difficile - mais aussi émoustillant - que bien faire l'amour. C'est tout l'art de la jubilation activée par le savoir faire du scénariste.

L'Ironie dramatique est une des armes les plus efficaces pour faire jubiler nos complices : j'ai parlé des spectateurs captivés par la qualité du récit. (un récit n'étant rien d'autre qu'une histoire parfaitement structurée par un esprit compétent : le scénariste.)

Mais le chapeau Brechtien ? De quoi s'agit-il donc ? Et pourquoi le coller dans le titre en compagnie de l'ironie dramatique ? Vous me direz, cacher l'ironie dans un chapeau de clown d'origine allemande, c'est une image assez cocasse. Mais ça n'a rien à voir.

Un chapeau brechtien, c'est une technique d'écriture utilisée avec maestria par le grand Bertold Brecht. C'est un préalable à l'histoire qu'il va raconter. Par exemple dans Arturo Ui, c'est le prétexte dans lequel il nous situe l'histoire - Elle se passe à Chicago au temps de la prohibition. Arturo Ui règne sur la ville etc… À travers ce texte, Brecht nous fait aussi comprendre qu'Arturo, c'est également l'histoire symbolique d'Adolf Hitler et de l'arrivée au pouvoir de sa bande de malfaiteurs : les nazis.

Et si je vous colle côte à côte dans le titre l'ironie dramatique et le chapeau brechtien, c'est parce qu'installer une ironie dramatique de qualité à l'intérieur d'un somptueux chapeau brechtien, ce n'est pas une mauvaise idée. C'est même une technique d'écriture élégante.

Digne d'un auteur en pleine forme ; un Olivier Mergault par exemple, qui est tout sauf un éjaculateur précoce.


 
LA BEAUTÉ FRACTALE… 

Je lève mes yeux au ciel… Je viens de lire une remarque amusante de mon Maître es écriture de film, l’ami Mergault. (ce qui sonne moins bien que l’Ami Miesch soit dit en passant).

« Et vous continuez comme ça à subdiviser jusqu’où ? Jusqu’aux dialogues… C’est fou ! »

Dans les années 50 du vingtième siècle, les créateurs italiens, pas avares en trouvailles esthétiques, pas chiches en inventions techniques, décidèrent de fonder un mouvement connu dans le monde du design sous le nom de « fractal ». Ce qui voulait dire qu’en multipliant une forme quelconque à l’infini, ils créaient une forme, une matière, un support répétitif capable de supporter des charges, des contraintes exceptionnelles. Des formes suffisamment minuscules pour ne plus être indentifiables sans une grosse loupe ou un microscope.

Le nid d’abeilles est la forme fractale la plus élémentaire. Des sièges en nid d’abeilles furent « désignés ». Et puis bien d’autres ensuite, car n’importe quelle forme qui pouvait se répéter à l’infini et s’emboîter, se coller à sa voisine, pouvait devenir un pion de la technique fractale…

Comme je vois que vous avez bien compris que la beauté fractale scénaristique n’a rien à voir avec Ava Gardner ou Marilyn Monroe…

La beauté fractale scénaristique c’est justement la subdivision de la construction jusqu’au plus petit élément du scénario : le dialogue.

Un film est construit en Trois actes. Ce site vous l’explique en long et en large.

Chaque acte se subdivise en sous Acte, lui-même en 3 parties.

Chaque partie est construite en scènes , qui s’ouvrent par un incident déclencheur qui pose la question de chaque scène et se continue jusqu’au Climax, fin de l’Acte 3, (la réponse orgasmique de la scène, la réponse qui fait jouir le spectateur). Entre temps l’Acte 2 s’est lui-même clos par son Climax, sa réponse incomplète, insatisfaisante, frustrante : la fausse fin.

La forme en Trois Actes qui structure le film, se retrouve donc dans chacune des subdivisions du film… Jusqu’au dialogue.

La beauté du « fractal », c’est son invisibilité. Plus le système est appliqué avec brio, moins il est identifiable par le profane qui se contente d’être un spectateur admiratif, captivé par ce qu’il est en train d’apprécier: un film.

La différence entre Monsieur Jourdain et un professionnel de l’écriture cinématographique c’est qu’il n’y a pas de mal à aimer le cinéma sans connaître la cuisine scénaristique.

Et que la beauté fractale, contrairement à la beauté fatale, est réservée à quelques initiés de la prise de tête. Mais quand ça marche et que ça ne se remarque pas, c’est aussi bon qu’une « goulée » de miel volée à quelques abeilles « fractaliennes » sans le savoir.


 
LA LÉGENDE INITIALE…

Quand je débarque à une fête chez un type que je ne connais pas, je me renseigne. « C’est qui le gugusse, un petit fils du Negus, un descendant d’Abebe Bikila, médaille d’or du Marathon aux Jeux Olympiques de Tokyo, trois semaines après une opération de l’apendicite ? Un héros quoi ! »

Et même si le type est un évadé la prison de la Santé, c’est bon de le savoir, avant de tirer des plans sur la comète ou pire de se faire tirer dessus ou pire de pire de se faire tirer sexuellement dans un coin sordide de votre inconscient. Encore une drôle d’histoire…

Et comme, ici, sur ce site de folie, managé par un maniaque de la rime et du détail, un gars qui se prend pour un « OM » (on prononce HOMME dans le milieu du scenar de qualité), on s’occupe d’HISTOIRES au sens cinématographique, il est donc vital de mettre le spectateur, votre – notre - complice, dans la combine. « Ecoute, p’tit gars, ici on va te causer d’un monde que tu connais pas encore mais dont tu sauras plus te passer quand tu s’ras au parfum ! »…

Et le parfum, c’est bien souvent la légende initiale qui le répand. Dès le début du film et au plus tard avant la fin du premier Acte. Question de convenance et de respect. Car comme on dit dans le patinage artistique : « on commence par les imposés et on enchaîne par les figures libres ».

Prenez « Le Royaume » le film avec Jaimie Fox. Qu’est-ce que ce Royaume ? Le régime Saoudien. Quelles sont les forces en présence, les tensions entre Islam radical et Islam modéré ? Qui sont les agitateurs de ces deux Islams ? Etc…

L’histoire des cinquante dernières années du Royaume Saoudien est « la légende initiale » du film. Les images du générique de début servent de support à cette légende. Ensuite commence le film. Un Incident Déclencheur : la bombe explose. Des américains meurent. Quelques membres du FBI – des désobéissants - partent mener l’enquête sur place. La vengeance est au menu du film.

Si je vous écrit ça aussi nettement - presque en colère - c’est parce que apparemment personne n’a jamais rien écrit sur cette « légende initiale » si importante et si utile au scénariste.

Hier encore, une chargée de cours me balança à l’oreille… mais c’est quoi ce « truc » ? Tu inventes une nouvelle théorie ? Tu refais le monde ? Tu te prends pour qui ? Trouve un autre mot, me lança-t-elle pleine de reproches (des aigreurs qui remontent). Comment tu pourrais appeler ça ? Mais, la « Légende Initiale » lui répondis-je, encore de bonne humeur.

Trouve une équivalence, donne des exemples, trouve une référence préexistante, t’as pas le droit d’inventer tout seul dans ton coin et de faire le malin avec des bidules dont on sait même pas si ça existe vraiment.

Introduction, même si ce mot peut paraître un peu trop pénétrant sexuellement parlant, préambule, préliminaires, ouverture… « Back-ground », me répondit-elle…

Alors ? Je vous le dis bien haut : « Légende Initiale » est la formulation exacte. INITIAL LEGEND, comme à Hollywood, si vous préférez.

Et comment, bande de petits malins, vous auriez expliqué aux dévots que Joseph et Marie - les futurs parents du petit Jésus - furent contraints de se rendre à Bethléem aux alentours du 25 Décembre ? Par le récit motivé d’une légende initiale, pauvre tâche. Idem pour l’histoire du Moïse nouveau né dans son petit panier d’osier… INITIAL LEGEND of course.

Et ne doutez pas trop de mes capacités ou la « bombe » de l’Incident Déclencheur de mon Royaume personnel risque de vous péter au visage, avec introduction et sans préliminaires. Non mais !


 
LA FAUSSE FIN…

Savoir finir une histoire est une des marques du talent d’un auteur, qu’il soit simple griot africain ou prix Nobel de littérature.

Dans un scénario, la scène orgasmique qui précède la résolution, c'est-à-dire la scène qu’on attend depuis le début du film – vont-ils s’aimer, réponse oui ils s’aiment, non ils ne s’aiment pas – s’appelle le CLIMAX.

Au début de ma carrière quand, me prenant pour Monsieur Jourdain, je n’y connaissais pas grand-chose, mais j’étais sûr de moi. J’étais certain que le CLIMAX était une vision américaine du CLIMAT. Une version météo du cinéma avec CLIMAT dans le sens d’ATMOSPHERE.

(Atmosphère, citation très célèbre du cinéma français d’avant guerre. Merci Monsieur Jeanson, Henri pour les amoureux des mots d’auteur. Belle adresse que cet Hôtel du Nord.)

Et pourtant ça n’avait rien à voir. Le Climax c’était pas une ambiance, mais simplement le nom donné à la scène ou aux quelques scènes qui permettait au thème du film de se conclure avec brio. Le moment attendu par tous les spectateurs depuis le début du film, depuis l’Incident qui avait enclenché le spectacle. Un CLIMAX bien mené est puissant comme un acte sexuel abouti. Ca fait vraiment jouir. Orgasmique.

Le CLIMAX du film trouve donc sa juste place à la fin de l’acte 3. Juste avant la petite scène de résolution. Parfois il n’y a même plus besoin de résolution, le CLIMAX servant de clôture définitive.

La FAUSSE FIN est elle aussi un CLIMAX. Mais un Climax trop hâtif, comme une jouissance trop précoce. Ou une jouissance détournée (Vont-ils s’aimer : Non leur amour est impossible - FAUSSE FIN… Alors qu’au CLIMAX, la réponse sera OUI, ils s’aiment.) Entretemps, le nœud dramatique 2, c'est-à-dire la péripétie qui ouvre l’acte 3, permet une relance amoureuse. Alors que leur amour était mort, un détail imprévu, une surprise, une action, un geste tendre… permet aux héros d’ouvrir à nouveau les bras. Suspens final qui se termine par : ILS S’AIMENT et S’EMBRASSENT enfin ! Ouf…

La FAUSSE FIN a une fonction très intéressante : ce qu’on peut appeler les CHARBONS ARDENTS. Elle met le public sur des charbons ardents.

Comme le dit très intelligemment Olivier Mergault :

« Quand le bébé, pendant neuf mois, est dans le ventre de sa mère, il n’a besoin de rien. Le cocon est douillet et le cordon maternel répond à toutes les attentes, comblant sur l’instant tous les désirs du Little Baby. Et puis, c’est la naissance, l’arrivée sur terre, la fin du paradis terrestre. La famille est heureuse, la maman radieuse et innocente, parfois incompétente. Et là, bébé a faim. C’est son entrée dans un monde de désir. J’ai faim, je veux manger. Avec plus ou moins de talent maman répond à son attente. Et quand bébé enfin tête, c’est le CLIMAX, l’arrivée du plaisir à l’état pur. Pour lui comme pour nous : orgasmique…»

C’est donc MAMAN qui inventa le CLIMAX !

Dans ce cas précis, vous me direz, c’est quoi la FAUSSE FIN ?

La FAUSSE FIN, c’est le Climax de l’acte 2. Le film peut se terminer là, mais comme c’est une fausse fin on se doute que ça va pas se passer comme ça.

Reprenons notre histoire de bébé. C’est quoi la FAUSSE FIN ? Qui a inventé la FAUSSE FIN ?

Bébé pleure. Il a faim. Maman le prend dans ses bras. Et puis un incident de dernière minute fait qu’elle ne peut pas s’en occuper plus longtemps. Papa est là. Maman lui colle le rejeton dans les bras (Point de non retour). Papa… Papa est heureux. Papa s’amuse avec son bébé. Maman lui donne le biberon. Bébé, les yeux grand ouverts, se calme, fixe la tétine, ouvre la bouche. Papa, comme s’il conduisait une fusée, amène le biberon direct droit vers la bouche grand ouverte.

La bouche, la tétine, le biberon, les yeux, la bouche de bébé. Le biberon va atterrir dans la bouche de bébé. Mais, au dernier moment, Papa, joueur, remplace la tétine du biberon par le bout de son doigt, son majeur. La bouche de bébé se referme sur le doigt de Papa. Et bébé se met à téter avidement. FAUSSE FIN… Grimace. Pleurs de bébé qui a compris que son père s’est foutu de lui.

PAPA, joueur cruel, est bien l’inventeur de la FAUSSE FIN.

Nœud dramatique 2, première scène de l’Acte 3. Maman intervient avec vigueur et colle une claque sur la nuque de son mari. Le joueur a compris la leçon et remplace son doigt par le biberon. Bébé ronronne en tétant. Il est heureux : CLIMAX, plaisir…

Entre le doigt et le biberon, c’est bien de suspens vital dont il s’agit.

LA FAUSSE FIN est bien une péripétie importante et nécessaire à tout film qui tente de mener avec malice son public jusqu’à l’orgasme.

Une FAUSSE FIN réussie agit comme un accélérateur de jouissance sur le spectateur, sur le lecteur. Un booster de libido pour l’imagination.


 
LE NOEUD DRAMATIQUE, LE CLIMAX…

Certains comiques dont évidemment je ne fais pas partie, tenteront de vous faire croire que le Nœud Dramatique est assimilable à une panne sexuelle. Même si, dans un scénario, une panne sexuelle peut tout à fait être une panne sexuelle, cette vision théorique est un tantinet trop réductrice.

Un NŒUD DRAMATIQUE est une péripétie liée au Drama qui ouvre un Acte, un Sous Acte, voir même une Scène, péripétie qui viendra jouer, agacer, torturer le sens même du récit. Car tout Acte, Sous Acte ou Scène débute par un Nœud Dramatique et se conclut par un Climax.

Un Nœud Dramatique pose une question qui trouve sa réponse dans un Climax.

Comme nous sommes des adeptes de l’analyse fractale de la construction d’un film, nous sommes en droit d’affirmer : Il y a donc plusieurs Nœuds Dramatiques et plusieurs Climax dans un film.

Au Nœud Dramatique 1 – Ouverture de l’Acte 2 - répond le Climax de l’Acte 2 aussi appelé Fausse Fin – Fermeture de l’Acte 2.

Au Nœud Dramatique 2 (relance à la réponse intermédiaire de la Fausse Fin) Ouverture de l’Acte 3 - répond le Climax de l’Acte 3 aussi appelé CLIMAX du film – Scène de Réponse à la problématique du film, la vision, la démonstration de l’auteur.

Dans ce sens, L’Incident Déclencheur qui pose la Question Initiale du film peut aussi être considéré comme un Nœud Dramatique, puisque c’est LA péripétie sans laquelle il n’y aurait pas de film : par exemple la mort lors de la Seconde Guerre Mondiale - le même jour, dans trois endroits du monde - de trois des quatre frères RYAN.

Alors, par fidélité à la promesse de LINCOLN – plus jamais une même famille ne sacrifiera tous ses fils à la Nation – le haut Commandement Américain décide : IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN.

L’Incident Déclencheur est un bien un élément Dramatique (DRAMA) qui demande réponse dans le CLIMAX du film…

L’INCIDENT DECLENCHEUR est donc le NŒUD DRAMATIQUE fondateur du film.

Un petit TRUC pour imaginer et bien placer les Nœuds Dramatiques sur votre carte routière – le plan en 3 Actes. Imaginez que vous êtes un archer. Vous bandez votre arc et pointez la flèche que vous allez tirer vers le ciel. Quand la flèche s’élève dans le ciel, elle symbolise la péripétie que vous venez de mettre en place. La course de la flèche dans les airs symbolise le parcours de votre trouvaille. Sa descente symbolise son efficacité puisqu’elle vient se planter au centre de votre cible, votre objectif : le CLIMAX.

Le CLIMAX, pour les amateurs de Rugby, pourrait être symboliser par l’arrière qui bloque dans ses bras le ballon (image moins mortelle que celle de l’arrière tentant de bloquer une flèche contre son cœur).

Tout CLIMAX est donc la réception d’une idée initiale déclenchée de plus ou moins loin. La distance la plus longue étant de l’Incident Déclencheur (question initiale) au Climax (Réponse attendue, espérée…)

En ce sens, si on voulait schématiser, les NŒUDS DRAMATIQUES sont liés au DRAMA du Film et les CLIMAX au THEMA. Et comme vous l’a dit Olivier Mergault, un film avance pas à pas, en alternant Drama et Théma.

D’une flèche envoyée dans le Ciel, à une balle bloquée avec talent.

Ayez les images en tête, et plus jamais vous n’essaierez de coller un Nœud Dramatique à la fin d’un Acte ou d’une Scène.

Une petite vérification à la Boîte Noire devrait vous confirmer qu’on ne peut pas prendre des vessies pour des lanternes.


 
L'Iceberg…

Quand on débute on a tendance à dire : « Je raconte ce que je vois ». Et en plus, on est content comme ça. C’est une technique « petit bras » qui ne fait pas de mal, mais ne vous mènera pas bien loin non plus.

C'est-à-dire ?

Quand vous choisissez un sujet, là commence le dur labeur. Si on parlait course à pied on dirait le Marathon. Vous lisez un article dans un journal, un fait divers, une aventure internationale, un meurtre… Forcément ce qui vous parle au cœur, à l’âme, à l’intelligence…

Et bien, dîtes-vous – si vous êtes scénariste – que ce que vous venez de lire, ce que vous venez d’aimer, ce n’est que le haut de cet Iceberg qui s’appelle l’histoire. Le lecteur de journal peut se contenter de cette vision parcellaire de l’histoire, ce qu’il vient de lire, ce qu’on l’autorise à voir. Pour le scénariste le travail commence, l’instinct du chasseur se réveille. Et si je descendais ausculter la partie immergée de l’Iceberg.

Etre scénariste c’est maîtriser parfaitement la technique d’écriture, les arcanes de la théorie. Mais c’est aussi éveiller sa curiosité, se mettre en chasse, débusquer les secrets les plus cachés, forcer les évènements à se mettre à nu. Ne pas se contenter de l’évidence.

Avoir des réseaux, des espions, des informateurs… Ne pas hésiter à devenir le temps de l’écriture un spécialiste. Appliquer les enseignements de Sun Tseu contenus dans « l’Art de la Guerre ». Rien de moins…

Par exemple, soyons donc un peu scénaristes ensemble… Parlons de « l’Arche de Zoe ». Un beau sujet de film. Un film d’émotion sur les affres de l’adoption et de l’enfance en survie. Pas seulement. Le scénariste ne peut en rester là, pas suffisant, trop explosif sur un plan international.

Descendons sous la ligne de flottaison. Ce que je vais raconter est de la pure fiction, mais si j’avais à travailler sur ce sujet, voilà quelques questions que je me poserais. L’avenir seul dira ou taira les options de mon imaginaire.

Qu’est-ce que le Tchad ? Un territoire magnifique et désertique. Une ancienne colonie française. Un pays francophone. Un des principaux fournisseurs de TOTAL en pétrole.

A quel prix est le baril de brut ? Au plus fort, à 100 Dollars le baril de brut.

Qui guette ce pétrole ? Américains, Chinois…

Qui, les services secrets de tous pays, manipulent-ils facilement ? Les doux rêveurs, les membres de sectes prêts à sacrifier leurs vies pour des causes désespérées…

Quelle belle action peut instiller le doute dans la conscience internationale ? L’enfance en danger.

Toutes ces belles constatations mises dans un shaker et bien mélangées peuvent faire un joli scénario. Avec des foules hostiles qui défilent dans les rues, des humanistes qui pérorent aux quatre coins des téléviseurs et des Présidents de la République qui s’activent dans les avions.

Ce scénario est-il conforme à l’histoire ? Je n’en sais rien.
Mais si j’avais à écrire un film sur ce sujet, je ne pourrais pas faire l’impasse sur un bain d’eau glacé pour aller déchiffrer les secrets enfouis sous la partie immergée de l’Iceberg.

C’est ce bain forcé qui rend le travail du scénariste jubilatoire. Si vous n’éprouvez pas de plaisir à patauger dans les marigots de toutes natures, changez de vocation.