REMASTÉRISATION SAUVAGE


Les hautes technologies et les facilités d’accès aux œuvres de toute nature, musicales ou audiovisuelles, laissent à beaucoup la latitude de copier, de posséder, d’échanger des musiques, des films. Certains utilisateurs sont nés avec ces technologies. Le haut débit, les graveurs et les réseaux incitent naturellement à s’adonner à ces pratiques.

Ce faisant, beaucoup d’utilisateurs ne respectent plus les droits élémentaires des auteurs et sans le savoir entrent dans une forme de piraterie ordinaire.
Après la musique, le cinéma est désormais touché.

Cette situation a conduit les grands détenteurs de catalogues d’œuvres de l’esprit à attaquer en justice les particuliers pour non respect de la propriété intellectuelle.

La presse s’est fait largement l’écho de ces actions.

Mais comment reprocher aux autres une atteinte aux droits des auteurs quand on ne les respecte pas soi-même.

Parmi de telles ateintes, est à pointer notamment du doigt la remasterisation sauvage de films.

Je voudrais en effet ici attirer l’attention de la communauté, des citoyens, des cinéastes, des intellectuels, sur cette pratique qui tend à se généraliser.

Le film « Diva » que j’ai voulu et conçu en « son Mono », et dont la carrière n’est plus à commenter*, a été remixé en « Stéréo 5.1 » sur autorisation abusive de la société Studio Canal Images, cela sans mon accord, sans ma supervision.

Cette opération a sérieusement dénaturé l’œuvre et son esprit.

Ce remixage, fait aggravant, a été pratiqué dans des conditions telles que le consommateur est trompé, car il acquiert une version qui ne correspond ni aux critères techniques indiqués sur le DVD, ni à l’esprit artistique de l’œuvre originale.

Non content de passer outre les droits et les règles en vigueur dans notre pays -le pays de l’exception culturelle- la société Studio Canal Images, qui se dit détentrice de 5000 films, croit pouvoir céder, vendre, laisser exploiter notamment aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne et aux Pays-Bas « Diva » dans sa version dénaturée et ce depuis bientôt cinq années.

En dépit de tous mes efforts pour faire cesser cette exploitation, Studio Canal Images persiste dans son atteinte aux droits d’auteur.

Cela m’a contraint à engager une action en justice.**

Est-ce le rôle d’un auteur de prendre de telles mesures pour mettre fin à des actes illégaux n’émanant pas de particuliers mais de professionnels ?

Ces professionnels sont parfaitement informés de la nécessité de veiller au respect des droits des auteurs conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle.

Ces pratiques doivent être sanctionnées par les tribunaux afin que la loi et l’esprit de nos libertés soient respectés.

L’action, que je mène pour le film « Diva » qui est un film de référence, n’est pas mon seul combat mais celui de tous les auteurs, de tous les réalisateurs, de tous les producteurs, de tout citoyen, qui considèrent que les œuvres ne sont pas des marchandises que l’on peut dénaturer à sa guise, au seul motif d’intérêts économiques non démontrés.

Ainsi en avait-il d’ailleurs été jugé à l’époque, à propos des images colorisées d’un film tourné en noir et blanc sans l’accord de son auteur, un certain John Huston : « Asphalt Jungle ».

Le son, aujourd’hui, ne saurait faire exception, il fait partie intégrante de l’œuvre.

A l’heure où l’industrie se mobilise au nom de la propriété artistique et littéraire et condamne pour l’exemple un internaute de 22 ans qui a téléchargé des films sur le Net sans autorisation des auteurs et de leurs ayants droit, ne peut-on se poser la question :

“Comment faire comprendre au citoyen qu’il doit respecter les droits des auteurs alors que dans le même temps, une société telle que Studio Canal Images, forte de sa puissance économique - se clamant par ailleurs Chaîne du cinéma - foule aux pieds, en toute connaissance de cause, avec le plus total cynisme, les droits des créateurs ?”

L’éducation ne peut se faire que par l’exemple.


Notes :

* « Diva » a reçu 4 Césars en 1982 (meilleur premier film, meilleur décor, meilleur son, meilleure lumière)
** Sont à mes côtés dans le procès : l’ARP et la SACD