• La poésie

    Pour faire parler notre inconscient

    La vaisselle est faite ? On travaille mal avec un évier rempli de vaisselle sale !

    Oui, je sais, vous avez une machine ! Mais il y a toujours des trucs qui ne rentrent pas dedans ! Et si par extraordinaire vous n'en avez pas, prenez un bain bien chaud ou marchez sans but — c'est tout aussi efficace !

    Ah ! Vous avez eu des idées !… L'eau chaude qui détend vos mains !… Le bruit de l'eau qui vous a rappelé votre enfance quand vous jouiez à la faire !… Comment ? Vous les avez oubliées ces sublimes idées !… Vous vouliez les noter mais vous aviez les mains mouillées… Oui, je vois… C'est maintenant comme une chanson dont vous ne vous souvenez plus des paroles mais dont l'air traîne encore dans votre tête…

    Votre idée de départ était peut-être assez bien dessinée mais tout en vérité est flou et mouvant. Ce film qui vous occupe tout entier est comme un rêve oublié dont vous cherchez à vous souvenir. Ces lambeaux d'impressions fugitives sont semblables à un souvenir effacé qu'il faut raviver. Comment faire ? Proposez à votre esprit des stimuli impromptus, hors de portée de votre rationalité — la réflexion logique risquant de vous interdire l'accès à la part irrationnelle de votre imaginaire, celle justement où se conjuguent conscient, subconscient et inconscient.

    Il faut que vous soyez aussi surpris par ces rencontres que par le brusque surgissement de votre propre image dans un miroir inattendu au détour d'un couloir. Ce sont de tels événements qu'il faut organiser tout en feignant d'en être la victime.

    Parmi toutes les machines à créer possibles, la lecture des poètes vous offre cette chance.

    Choisissez un recueil de poèmes, une anthologie. Lisez ! Laissez-vous ravir par les vers et notez ces passages devenus lumineux tant leurs réponses s'accordent à vos questions. Que pour votre moisson, ni la logique ni la raison ne guident vos choix ou les censure. Plus tard, vous en tirerez images, dialogues, atmosphères.

    Vous vous apercevrez, si vous utilisez ce procédé sur plusieurs histoires, qu'un même poème peut être source d'images différentes, que les vers qui vous inspirent changent suivant les films qui les sollicitent. Votre lecture sera toujours renouvelée. La machine poétique fournit des images et les fulgurantes intuitions des poètes seront les miroirs de votre inconscient.

    Je me souviens d'avoir eu à travailler sur une scène où il y avait des hommes et des femmes. Davantage centrée sur les rapports entre les femmes, je ne savais que faire des hommes. Victor, ta "Légende des siècles m'a sauvé !" : "Et les hommes, que font les hommes ? Ils frissonnent." Vous pensez bien que je me suis emparé de cette image. Pourquoi frissonnent-ils ? Il y avait mille raisons dans le film qui ne demandaient qu'à être exploitées.

    P.-S. : Si vous n'aimez pas Victor, prenez Arthur ou Stéphane ou même William ; enfin, qui vous voudrez — Dieu reconnaîtra le sien !

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