Le corps des dialogues ne comporte pas moins de quatre éléments distincts : le Personnage, l'Extension, l'Indication et le Dialogue lui-même. Ils forment un tout indissociable, néanmoins deux d'entre eux sont facultatifs : l'Extension et l'Indication.
Le corps des dialogues occupe une place moindre sur la page, souvenir des présentations en deux ou trois colonnes. Il présente un retrait positif à gauche et un retrait négatif à droite : cette mise en page crée une sorte de colonne centrale, souvenir de cette deuxième colonne autrefois utilisée.
Voici la mise en page à l'américaine :
Le corps des dialogues se présente donc ainsi :
L'information donnée par l'élément Personnage est souvent implicite (par la logique de la scène), aussi le lecteur ne veut-il pas perdre son temps à le lire : l'utilisation de caractères gras, incitant le lecteur à sauter la ligne, est l'un des moyens possibles pour l'y aider. Mais on remarquera que l'Indication est dans ce cas moins lisible, gênée qu'elle est par la masse noire qui la surplombe. La méthode des retraits est plus efficace ; mais les Français y sont moins habitués.
L'ordre des éléments Extension et Indication est parfois inversé : l'Indication venant, dans ce cas, juste après le nom du personnage. Mais cela conduit à briser la cohérence de la mise en page lorsqu'un Dialogue nécessite plusieurs Indications : il n'y a plus d'unité dans la présentation, celles-ci ne se présentant pas de la même manière à chaque occurrence.
Une fois votre style de mise en page choisi, vous n'en changerez pas dans le courant du script — cela va de soi !
VARIANTES (POSSIBLES)…
Comme pour tous les autres éléments, certaines variations typographiques sont possibles. En voici quelques unes pour le nom du personnage :
Majuscules, droit, graisse, souligné: VICTOR HUGO VICTOR HUGO VICTOR HUGO VICTOR HUGO
Minuscules, droit, graisse, souligné: Victor Hugo Victor Hugo Victor Hugo Victor Hugo
Majuscules, oblique, graisse, souligné: VICTOR HUGO VICTOR HUGO VICTOR HUGO VICTOR HUGO
Arrêtons-nous là, vous avez compris le principe.
La place de certaines informations aussi peut changer. Extension et Indication en font souvent les frais!
Extension et indication en minuscule après le nom du personnage (variation maladroite):
Extension et indication, toujours en minuscule mais sous le nom du personnage (variation maladroite):
Certain auteurs changent la police de caractère pour les dialogues, cherchant à les différencier d'avec les actions.
C'est une stratégie possible qui renforce même la lisibilité… et nous facilité la tâche de ne pas les lire ! A vous de trouver les différentes polices et de veiller à leur bon contraste.
On remarquera que l'utilisation simultanée de deux styles peut privilégier soit l'action soit le dialogue.
Ces variations ne sont donc pas innocentes!
UN
PETIT CONSEIL ?
Si vous adoptez une présentation inspirée de la mise en page à l'américaine, c'est à dire avec le nom du personnage vers le milieu de la page et le texte du dialogue s'étalant dans une sorte de colonne centrale, ne la faites pas trop large! Ne faites pas ceci:
Nous ne sommes pas à un match de ping-pong!
LE
NOM DE PERSONNAGE
C'est un élément qui ne pose guère de problèmes sauf celui de la dénomination de certains personnages. Si le spectateur reconnaît les acteurs, le lecteur, lui, n'a que des lettres noires sur du papier blanc : la confusion peut très vite s'installer dans son esprit.
On veillera donc à ne pas changer le nom d'un personnage en cours de script. Ce nom sera utilisé aussi bien dans les Titre de scènes que dans les paragraphes Action et pour l'élément Personnage.
Par contre, les personnages peuvent s'appeler entre eux comme bon leur semble : petits noms familiers, affectueux ou noms d'oiseaux si tel est leur bon plaisir.
Les noms de personnage sont le plus souvent mis en majuscules mais ce n'est pas obligatoire. Ils peuvent être placés de telle manière à ce qu'ils soient au milieu des dialogues, ou bien au contraire au même fer que le texte des dialogues lui-même (c'est à dire sans retrait) comme nous l'avons déjà vu.
L'EXTENTION
L'Extension se place tout de suite après l'élément Personnage et est écrite en abrégé. Après avoir indiqué qui parle, il s'agit maintenant de préciser la position du personnage par rapport à l'image.
Le locuteur ne peut occuper que deux positions par rapport au cadre : il est dedans ou il n'y est pas ! Et s'il n'y a qu'une manière d'être dans le champ, il y en a plusieurs d'être hors-champ.
Un personnage peut ne pas être à l'image quand il parle et faire néanmoins partie de la scène, mais on peut aussi n'entendre que sa voix, lui-même n'étant pas physiquement présent. Dans le premier cas, il est hors champ, dans le second, il est hors scène.
QUELLES ABRÉVIATIONS ALORS ?
Pour la position hors champs, "(H.C.)" semble pas mal venu. Dans la même veine, on pourrait écrire : "(H.S.)" pour la situation hors scène, ou encore "(V.S.)" — voix seule.
Le problème est toujours le même: nous n'avons pas de norme imposée en France et tout le monde fait un peu ce qu'il veut. C'est la raison pour laquelle "(H.C.)", "(H.S.)" ou "(V.S.)" risquent de ne pas être compris.
Comment se faire comprendre alors? Une stratégie possible est d'indiquer l'extension en toutes lettres à sa première apparition avant de la mettre en initiales dans le reste du scénario.
Remarquons tout de suite que les anglophones utilisent : "OFF SCREEN" — "(O.S.)" — pour décrire la situation d'un personnage qui est dans la scène mais pas à l'image ; et "VOX OVER" — "(V.O.)" — pour un personnage qui n'est pas dans la scène mais dont on entend la voix... par-dessus.
Si le franglais ne vous effraie pas, vous pouvez toujours utiliser "(OFF)" pour le hors champs, et "(VOIX OFF)" — "(V.O.)" — pour le hors scène.
Avant l'introduction des logiciels dédiés, la solution pour indiquer que le personnage commentait en quelque sorte la scène était des plus simple :
PROBLÈME MAJEUR DE L'EXTENSION :
Il faut prendre conscience que l'extension est une confirmation pour le lecteur, une indication technique qui n'a de raison d'être que si le personnage doit être hors champs pour des raisons de dramaturgie — ne perdez pas votre temps à mettre des "OFF" partout! Ne mangez pas le pain du réalisateur!
Une confirmation parce qu'elle est lue après le nom du personnage.
Si le lecteur n'est pas prévenu de la situation, le simple fait de lire le nom du personnage le rend présent dans la scène ; s'il doit l'effacer de sa vision après la lecture de l'extension, vous le forcez à revenir en arrière dans son travail d'imagination de la scène. Et c'est très très très mauvais!
Si un personnage fait son entrée dans une scène par une réplique dite hors champs, prévenez le lecteur! Ne vous contentez pas de marquer simplement (OFF) en extension : il y a fort à parier que votre lecteur sera très surpris par la présence soudaine de ce personnage qu'il pensait ne pas être dans la scène.
Ne vous faites pas d'illusion, c'est vous qui passerez pour incompétent aux yeux du lecteur! — et il n'aura pas tout à fait tort!
Dans l'exemple ci-dessus, la situation ici est d'autant plus complexe que le personnage est à l'image. Pour cette raison, le lecteur aura été prévenu en didascalies : "On entend alors Pierre commenter la situation". C'est donc un commentaire dit sur l'image qui sera entendu: nous ne verrons pas le personnage dire à l'écran une de ses répliques.
Dans le cas qui suit, c'est un narrateur qui se fait entendre ; la situation est plus simple : le nom lui-même suffit au lecteur pour comprendre la situation.
UNE
EXTENSION PARTICULIÈRE :
Il reste encore à signaler l'existence d'une Extension particulière. En France, on n'a guère l'habitude de l'utiliser, mais comme les logiciels dédiés peuvent le faire automatiquement, autant connaître son existence.
Lorsqu'un personnage parle deux fois de suite et que son dialogue n'est coupé que par des didascalies et non par une réplique d'un autre personnage, on peut ajouter à côté du nom la mention : "(SUITE)" indiquant ainsi au lecteur qu'il n'y a pas d'erreur, que le personnage continue bien de parler sans avoir été interrompu.
Et nous aussi!
L'INDICATION
L'Indication est une précision donnée par l'auteur concernant la manière de dire et de jouer un dialogue. Elle est écrite entre parenthèses et en minuscules. Elle peut se trouver directement sous le nom du personnage tout comme dans le corps même de la réplique.
Elle forme, par rapport à l'élément Dialogue, une sorte de colonne dans la colonne, légèrement décentrée à gauche par rapport à l'élément Personnage.
Ce n'est pas sans raison qu'il ne lui est alloué que peu de place : ces consignes doivent être les plus courtes possible car elles ne peuvent ni ne doivent remplacer les didascalies. Si elles dépassent deux lignes, il faut les transférer dans un paragraphe Action.
Elles ne concernent que le personnage impliqué : on ne peut s'en servir, par exemple, pour annoncer l'entrée d'un autre personnage ou décrire une action indépendante de la réplique.
Quand un protagoniste s'adresse successivement à plusieurs autres, l'Indication est là pour nous le préciser et lever les ambiguïtés possibles.
L'Indication est déjà en soi une direction d'acteur. On ne donnera donc de telles directives qu'à bon escient : elles pourraient gêner le metteur en scène aussi bien que l'acteur. Inutile d'en mettre si l'interprétation est évidente. Elles peuvent par contre apporter une nuance, préciser la concomitance d'un geste avec certaines paroles, ou demander une interprétation inattendue, etc.
LE
TEXTE DU DIALOGUE
L'élément Dialogue occupe donc une sorte de colonne au centre de la page. Il est obligatoirement précédé d'un élément Personnage. On ne fait généralement pas de paragraphes à l'intérieur d'une réplique : tout le texte doit tenir en un seul bloc. Et contrairement à l'usage dans les romans, on ne met ni tiret, ni guillemet.
Les Indications dans les dialogues sont facultatives mais elles permettent parfois d'alléger visuellement une réplique un peu trop longue. On cherchera d'ailleurs, par tous les moyens, à ne pas infliger de longs pavés aux lecteurs. Il n'est pas non plus mauvais de leur rappeler la situation et de les aider à soutenir leur visualisation de la scène par quelques didascalies judicieusement distribuées.
LES
BAS DE PAGE
Les bas de page pose un vrai problème de présentation : que faire lorsqu'un dialogue s'étale sur deux pages ? Il est impossible de laisser une partie du dialogue sans nom de personnage, il faut donc le répéter.
Mais là où la chose devient amusante, c'est lorsque des modifications sont introduites dans un script saisi avec un traitement de texte traditionnel. Tous les dialogues s'en trouvent décalés et plus rien ne tombe en place : tout est à refaire ! Et souvent plusieurs fois.
Rien de tout cela ne se passe avec les logiciels dédiés. Les bas de page sont recalculés à chaque modification. Si un dialogue déborde, le nom du personnage est rajouté en bonne place et si une suppression remet les choses en place, l'opération inverse est effectuée. Des mentions comme « .../... » ou « SUITE » ("CONT'D, MORE, CONTINUED:", chez les Américains) sont même ajoutées où il faut : en bas et début de page, en fin de dialogue.
