Nous avons déjà discuté de la notion de scène et justifié la raison d'être du Titre de scène : signaler que le lieu de l'action a changé. L'apparition d'un nouveau Titre de scène force le lecteur à visualiser le nouveau décor.
Mettre un Titre de scène, c'est aussi anticiper le tournage. C'est se souvenir que les décors créés par l'imagination ont peu de chance d'exister tels quels dans la réalité : les coins et les recoins d'une maison sont le plus souvent à des kilomètres les uns des autres, seule la juxtaposition des scènes dans le film nous a fait croire qu'ils l'étaient dans l'espace d'un même et unique décor.
Mettre un nouveau Titre de scène à chaque nouveau lieu de caméra, c'est se souvenir de cela.
La règle voudrait qu'on mette un Titre de scène à chaque changement de lieu de l'action mais certains cas limite font problème : l'application stricte de la règle amènerait, le plus souvent, à surcharger la page.
DESCRIPTION DE LA MISE EN PAGE :
Le Titre de scène donne aux lecteurs trois informations primordiales : la nature du lieu où se déroule l'action (Localisation), le nom du décor (Décor), et l'effet de lumière (Effet de lumière), c'est-à-dire le moment de la journée où se déroule la scène. Et c'est aussi l'élément qui supporte le Numéro de scène.
La forme canonique se présente comme ci-dessous indiqué :
[NUMÉRO] [LOCALISATION] [DÉCOR] -- [EFFET DE LUMIÈRE]
ou, plus simplement :
[N°] [LOC] [DÉCOR] -- [EFFET]
Le Titre de scène est justifié au « fer à gauche » (à la marge gauche) et écrit en lettres capitales — sans autre fioriture. Des variations sont possibles, elles concernent l'ordre des informations et les enrichissements typographiques.
Dans note exemple fétiche, la soixante septième scène se déroule dans le hall d'une gare de campagne (et près du guichet), de jour.
DISCUSSION :
Le Titre de scène est toujours suivi d'un interligne puis, obligatoirement, d'un paragraphe "Action" : on ne commence jamais une scène par un dialogue mais toujours par une description, fût-elle courte. De plus, le Titre de scène ne peut jamais se trouver à la dernière ligne d'une page : il faut toujours que l'on puisse écrire une ligne ou deux de description.
C'est le genre de problèmes que les traitements de texte généraux ne savent pas résoudre automatiquement, soit qu'ils séparent le Titre de scène de son Action, soit qu'ils rejettent les deux paragraphes à la page suivante, mais sans être en mesure de justifier verticalement la page qui présente alors un blanc disgracieux. Par contre, les logiciels dédiés savent gèrer les bas de page à la perfection.
LE
NUMÉRO DE SCÈNE
Le numéro sert, tout simplement, a repéré les scènes dans les scripts. Au tournage, ce sont eux qui serviront de base à la numérotation des plans par la script.
Le Numéro de scène apparaît avant le Titre de scène lui-même, de préférence dans la marge ; il est souhaitable de le répéter à la marge droite pour faciliter la recherche des scènes dans le script.
DISCUSSION :
Doit-on faire précéder le Numéro de l'abréviation « SEQ. » ou même du mot « SÉQUENCE » comme on le voit parfois? Non, cela n'apporterait aucune information nouvelle et inciterait à ne pas lire le Titre de scène! Pensez aux économies d'encre que vous ferez en vous abstenant!
Les Américains ont l'habitude de ne pas indiquer les numéros dans le scénario, les réservant au script : en effet, tant que le scénario n'est pas définitif (mais est-il jamais définitif?), toute modification est susceptible d'influer sur la numérotation ; c'est aussi une information sans pertinence pour la dramaturgie, objet des premières lectures. Les Français sont un peu perdus sans ces numéros, bien que le repérage d'une scène soit plus facile par numéro de page que par numéro de scène.
STRATÉGIES DE NUMÉROTATION :
De 1 à x ! Des nombres qui se suivent — et rien d'autre, c'est le plus simple. Il arrive qu'il soit nécessaire d'intercaler des scènes à un moment où il n'est plus possible de modifier la numérotation (le film est en préparation, voire en tournage). Les scènes intercalées prennent alors le numéro de la scène précédente suivi d'une lettre : 26A, 26B, 47A, etc.
Les logiciels dédiés savent très bien gérer la numérotation, la régulière comme l'exceptionnelle.
LA
LOCALISATION
La scène se passe-t-elle en intérieur ou en extérieur ? C'est une information technique importante pour le tournage d'autant plus qu'elle se combine avec l'Effet de lumière.
On emploie les abréviations INT. pour intérieur, et EXT. pour extérieur. Mais on trouve aussi les formules mixtes suivantes : INT/EXT. ou EXT/INT.
• INT. : cela signifie que le décor se situe à l'intérieur d'un lieu fermé.
• EXT. : toute scène ne se situant pas à l'intérieur d'un lieu fermé.
• INT./EXT. (INT/EXT. — INT/EXT) : décor principal intérieur, un second décor, extérieur, est vu par une fenêtre, une porte, etc.
• EXT./INT. (EXT/INT. — EXT/INT) : le décor principal est un extérieur avec une vue sur un intérieur.
DISCUSSION :
Ce sont surtout les décors mixtes qui doivent attirer notre attention : un décor intérieur filmé avec un effet nuit et présentant une découverte sur la ville imposera un tournage de nuit, alors que la même scène sans vue extérieure pourra être tournée de jour (les fenêtres étant occultées par d'épais draps noirs — les "borniols" [de la maison du même nom à l'origine]).
Il faudra parfois indiquer les deux décors impliqués. Les scènes se déroulant à l'intérieur d'un véhicule roulant dans une rue, en sont un bon exemple ; il faudra indiquer deux noms de décor (nom de la voiture et nom du lieu de l'action):
Si la scène se passait dans la rue avec vue sur l'intérieur de la voiture, il faudrait marquer:
On remarquera l'inversion des décors.
LE
NOM DE DÉCOR
Le décor, c'est le lieu de la caméra. À chacun des lieux d'un film, il faut un nom:
DISCUSSION :
Le Nom de décor doit être le plus court possible. Le style télégraphique s'impose. On ne change pas un nom de décor en cours de script : c'est une règle incontournable.
STRATÉGIE DE DÉNOMINATION :
Comment faut-il nommer la cuisine du château de Pierrette? N'oubliez pas qu'elle possède aussi une cuisine en ville et une autre dans son chalet à la montagne. À l'évidence "Cuisine Pierrette" ne convient pas.
Une des stratégies possible est celle qui adopte la démarche qui part du général pour aller au particulier, où le [DÉCOR] est subdivisé en deux parties : DÉCOR PRINCIPAL / SOUS-DÉCOR.
[N°] [LOC] [[DÉCOR] / [SOUS-DÉCOR]] -- [EFFET]
Ainsi, les cuisines de Pierrette pourraient s'appeler :
41 INT. CHATEAU PIERRETTE / CUISINE -- JOUR
77 INT. APPARTEMENT PIERRETTE / CUISINE -- SOIR
101 INT. CHALET PIERRETTE / CUISINE -- MATIN
Si je vous parle de cuisine, c'est qu'en la matière, chacun fait un peu la sienne. Nous aurions pu avoir une "La Cuisine du Château de Pierrette", une "Cuisine Appartement Pierrette", ou bien encore "La Cuisine, chalet Pierrette".
Ce qui importe, comme toujours, c'est la simplicité du système et son respect tout au long du scénario. Il arrive souvent que ce soit l'histoire qui impose un système de dénomination — si vos personnages passent leur temps à se poursuivre dans leur demeure de cinquante pièces, il vous faudra très certainement trouver une astuce (astucieuse) pour l'indiquer dans votre script!
Tout est question de regard: celui du lecteur. Si les pages qu'il lit sont barrées de nombreux titres de scène très noirs, il sera très certainement énervé d'avoir à lire des informations répétitives et le plus souvent superflues pour lui. En ce qui concerne le tournage futur, c'est une autre histoire! Écrivez un scénario et laissez le premier assistant le transformer en script.
L'EFFET DE LUMIÈRE
La dernière des informations d'importance que nous donne le Titre de scène concerne le moment de la journée durant lequel la scène est censée avoir lieu. Alors pourquoi l'appeler "Effet de lumière"?
C'est une expression qui, très certainement, remonte à l'époque où intérieurs comme extérieurs étaient tournés en studio et il fallait donc indiquer à l'éclairagiste l'effet de lumière qu'il devait préparer.
Certains auteurs parlent de Moment de la journée.
DISCUSSION :
Les deux principaux effets sont : JOUR et NUIT. Certaines scènes demandent des éclairages particuliers, surtout les scènes d'extérieur. Par exemple : LEVER DU SOLEIL, COUCHER DU SOLEIL, etc.
Si les scènes d'intérieur ne posent pas trop de problèmes (on peut tourner un INT./NUIT. de jour à condition de ne pas avoir besoin de voir par les fenêtres), les lumières intermédiaires en extérieur poseront toujours des difficultés (en raison de leur brièveté).
Voici quelques intitulés possibles:
• AUBE : avant le lever du soleil...
• LEVER DU SOLEIL : apparition du soleil...
• MATIN : une question d'ombres...
• MIDI : ou d'absence d'ombres...
• APRES-MIDI : les lumières de l'après-midi ne sont pas les mêmes que celles du matin...
• SOIR : juste avant le coucher et un peu après...
• COUCHER DU SOLEIL : disparition du soleil sous l'horizon...
• CREPUSCULE : après le coucher du soleil jusqu'à la nuit noire.
STRATÉGIE DE DÉNOMINATION :
Il y a deux attitudes possibles, au moment de l'écriture, dans le choix des effets de lumière: soit l'on privilégie la dramaturgie, et on indique les moments de la journée en accord avec le déroulement du temps dans l'histoire ; soit l'on considère que la réalité des tournages prime, et on utilise principalement JOUR et NUIT, réservant les lumières transitoires pour les seules scènes qui seront réellement tournées à ces moments de la journée.
Si l'on adopte la première solution (la réalité dramatique), on peut aussi utiliser comme moment de la journée, des expressions telles que: PLUS TARD, QUELQUES INSTANTS PLUS TARD ; très utile pour indiquer plus fortement les ellipses temporelles dans un même décor.
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES POSSIBLES DANS LES
TITRES DE SCÈNE
Le Titre de scène peut être porteur d'informations complémentaires. Il s'agit, le plus souvent, de dater la scène (généralement dans des films non-linéaires).
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR (1900)
78 INT. COUR IMMEUBLE -- JOUR (PRÉSENT)
26 INT. RUE PIERRE -- JOUR (FUTUR)
Certains auteurs indiquent parfois que telle ou telle scène est la suite d'une autre.
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR (SUITE 18)
D'autres mettent à profit le Titre de scène donner diverses informations: "images d'archives", "noir & blanc", etc.
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR (IMAGES D'ARCHIVES)
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR (SCÈNE EN NOIR & BLANC)
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR (RALENTI)
DISCUSSION :
En ce qui concerne la datation, on distinguera les scènes qui font parties d'une séquence temporelle de celles qui sont isolées (c'est la distinction habituelle que font les Américains). Dans ce cas, il y aura deux formes possibles.
Dans le premier cas (séquence temporelle), la datation sera rejetée en fin de ligne, après l'Effet de lumière :
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR (1900)
La date sera ajoutée à chaque scène de la séquence se déroulant à la même époque. On pourra utiliser PRESENT ou FUTUR, lorsque seule la relativité des dates sera pertinente.
Dans le second cas (scène isolée), la date sera indiquée après le nom du décor:
26 INT. APPARTEMENT (1900) -- JOUR
Il faut noter que ces formes s'inspirent directement du code américain. Il n'est absolument pas certain qu'elles soient comprises par tous.
STRATÉGIE DE DÉNOMINATION :
Il faut bien prendre conscience que ces indications sont plutôt techniques: elles permettent de distinguer deux états d'un même décor, indiquent qu'une recherche documentaire sera nécessaire (ainsi que l'achat de droits!), prévoient l'utilisation de moyens techniques spéciaux (pellicule, caméra), etc.
Il ne faut jamais oublier que le lecteur de scénario (qui s'intéresse donc plus à la dramaturgie) aura tendance à sauter ces indications qui le gênent dans sa lecture.
Tout cela, finalement, est laissé aux bons soins de l'auteur et aux besoins de son histoire. Simplicité, économie, svp!
ORDRE DES INFORMATIONS DANS LES TITRES DE
SCÈNE
Notre présentation type s'inspire de la présentation "à l'américaine".
Pour les scénarios : [LOC][DÉCOR]--[EFFET] (mais les Français n'aiment pas les scénarios non numéroté!)
Pour les scripts : [N°][LOC][DÉCOR]--[EFFET] (avec, éventuellement, répétition du numéro au fer à droite)
L'ordre des informations est donc (excepté la numérotation 'en marge') : localisation, décor, effet de lumière.
D'autres ordres sont parfaitement envisageables :
[N°][LOC]/[EFFET]--[DÉCOR]
26 INT/JOUR — APPARTEMENT
[N°] [DÉCOR] — [LOC]/[EFFET]
26 APPARTEMENT — INT/JOUR
Comme nous l'avons déjà vu, le nom du décor est souvent scindé en deux: NOM DU DECOR / NOM DU SOUS-DECOR. C'est extrêmement utile voire même indispensable de faire ainsi — mais rien n'oblige à ce qu'ils se suivent ou soit mis dans cet ordre (l'inverse est aussi courant). On peut rencontrer cette très habile variation:
[N°] [SOUS-DÉCOR] [LOC] [DÉCOR] [EFFET]
26 CUISINE INT. APPARTEMENT PIERRE JOUR
27 IMMEUBLE PIERRE EXT. PARIS JOUR
DISCUSSION :
Tout est affaire de goût et chacune des présentations peut se justifier : les groupements qu'elles opèrent ne sont en rien absurdes. La dernière présentation, qui rejette en fin de ligne les indications "techniques" (localisation + effet de lumière) a même l'avantage de presque les éliminer pour une lecture "littéraire" (Chabrol semble l'apprécier).
Les séparateurs ("/", "—", "--") sont selon votre bon plaisir (sauf, comme d'habitude, chez les Américains qui privilégient le tiret, simple ou double).
L'ordre américain prévaut actuellement pour la bonne et simple raison que les logiciels dédiés sont presque tous américains et privilégient donc leurs habitudes. Gageons que cela changera un jour.
Seule règle : une fois un système choisi, ne pas en changer en cours de route.
On notera que les logiciels dédiés n'ont souvent guère de souplesse et ne peuvent changer l'ordre des éléments d'un titre de scène. L'origine américaine impose dans la majorité des cas [N°] [LOC] [DÉCOR] -- [EFFET]. Certains le regrettent. Il est parfois possible de contourner cette limitation.
L'ordre
[N°] [EFFET] [DÉCOR] — [LOCALISATION] :
26 JOUR APPARTEMENT — INT
semble n'avoir jamais été utilisée. Sans doute pour de bonnes raisons logiques.
VARIATIONS TYPOGRAPHIQUES DES TITRES DE
SCÈNE
Les habitudes concernant les enrichissements typographiques sont nombreuses. En règle générale, le Titre de scène est toujours en majuscules.
Ce qui compte avant tout, c'est la lisibilité. On fera aussi attention aux séparateurs. Un titre de scène comme:
int. appartement Pierre. salon. jour.
est peu lisible. On lui préférera :
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
Les Français, qui aiment à se distinguer, ont l'habitude d'introduire des variantes.
Variations de police :
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
Italiques :
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
Graisse :
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
Souligné :
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
Mieux encore…
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
INT. APPARTEMENT PIERRE / SALON -- JOUR
Voire…
Voiture police - Int/Ext. Nuit
On peut en imaginer d'autres. Cependant, un Titre de scène trop voyant finit par être une gêne plus qu'une aide : il incite l'oeil du lecteur à sauter la ligne plutôt qu'à la lire!
On évitera les polices fantaisies…
DÉCORS LIÉS ET TITRES DE SCÈNE
Nous avons déjà exposé ce qui différencie la scène d'une séquence. Une scène présente généralement les caractéristiques d'une séquence : elle a un début, un milieu et une fin. Elle se suffit donc à elle-même (ce qui ne veut pas dire pour autant qu'elle n'appartienne pas à une séquence d'ordre supérieur).
Néanmoins, il est de nombreux cas où une scène se termine, si l'on prend en considération le décor (au sens strict du terme), mais se continue dans le lieu suivant, si l'on se place du point de vue de la dramaturgie : l'action en cours se déploie dans plusieurs lieux.
Pour cette raison, nous sommes parfois amenés à multiplier les Titres de scène avec le sentiment agaçant d'introduire des interruptions factices, des ruptures ne tirant leur raison d'être que des règles formelles de mise en page des scripts.
Le cas typique est celui d'une scène se déroulant en intérieur (un appartement, une maison), dans plusieurs pièces, et présentant une action continue. La solution théorique consisterait à introduire un Titre de scène à chaque changement de pièce :
Voilà qui peut devenir rapidement illisible — et encore, la présentation ici est sans variation typographique comme les gras et les soulignés. Imaginez une version lourde, une version "au chocolat"!
Et ceci pendant trois pages ! (il y a un passage secret dans la chambre qui mène à une autre aile du château!). On peut envisager une autre présentation, plus aérée :
Dans cette solution, un seul Titre de scène annonce un décor comportant plusieurs sous-décors, chacun d'entre eux étant introduit par son nom mis simplement entre crochets.
On s'inspirera de cet exemple pour résoudre les problèmes spécifiques à chaque film. Comment les repérer ? Il faut d'abord comprendre la notion d'action en cours : elle est continue et concerne un même personnage (ou plusieurs jouant ensemble) suivi dans ses (leurs) déplacements.
Il faut ensuite s'intéresser à la nature des décors qui s'enchaînent : un intérieur suivant un extérieur (ou vice-versa) ne devrait pas poser de problème : on change de scène parce que la Localisation est différente et contrastée.
Mais il faut aussi prendre en considération la rapidité dans la succession des lieux : les changements nombreux et fréquents de décors sont l'une des difficultés majeures de la mise en page.
La mise en scène imaginée n'est pas non plus étrangère à la recherche d'une solution plus adéquate. Dans un script, la transcription d'un plan-séquence se déroulant sur plusieurs décors contigus devra comporter le minimum de ruptures visuelles possibles.
Avant tout, on recherchera à faciliter une lecture « fluide » du script, sans trop se préoccuper de la numérotation : il sera toujours temps de le faire au moment de la préparation ou du tournage.
Parfois, la bonne solution est de tout simplement oublier les sous-décors et de se contenter des descriptions en didascalies pour les indiquer aux lecteurs, le titre de scène se contentant d'annoncer le décor général.
LE
COUP DU TÉLÉPHONE
Il est rare que deux personnes se trouvant dans une même pièce se parlent au téléphone! Ce type d'échange met le plus souvent en jeu deux décors. Le scénariste peut toujours prétendre anticiper le montage et indiquer précisément qui est à l'image sur telle réplique par l'utilisation des Titres de scène et des Extensions (indications complétant le nom du Personnage et précisant s'il est à l'image ou non — (OFF) ou (H.C.) par exemple). Mais cette façon de faire anticipe sur le rythme final de l'oeuvre ; c'est au montage que les choix seront faits.
Pour cette raison, un appel téléphonique est généralement filmé une première fois du point de vue de l'un des interlocuteurs, et une seconde fois du point de vue de l'autre (les dialogues étant enregistrés, à chaque fois, dans leur intégralité). Cette règle de précaution ne va pas à l'encontre des choix dramaturgiques du scénariste, elle permet de les maîtriser jusque dans le montage.
Cependant, le décor où une séquence « téléphone » commence et celui où elle finit sont connus dès l'écriture. C'est plutôt dans le corps même de la séquence que peuvent se poser les problèmes de présentation. Faut-il, avant chaque réplique, indiquer le décor qui la concerne? Ce serait, à coup sûr, surcharger les pages de Titres de scène, d'Extensions et de descriptions inutiles.
Voici une manière plus élégante de mettre en page ce type de scènes.
Le coup de téléphone (donné ou reçu) commence dans un appartement par exemple :
26 INT. APPARTEMENT -- JOUR
[L'appel est donné ou reçu par un premier personnage — première réplique.]
On enchaîne immédiatement après la première réplique sur le second décor, une cabine téléphonique par exemple :
27 EXT. CABINE TELEPHONIQUE -- JOUR
[L'appel se continue avec le second personnage dans le second lieu — deuxième réplique]
Le premier personnage devant maintenant répondre, il nous faudrait donc indiquer que nous sommes revenus dans le premier décor. Mais notre objectif est d'éviter la multiplication inutile et encombrante des Titres de scène. Comment faire?
La situation étant établie, le lecteur ayant pris connaissance des décors et des interlocuteur, il est désormais superflu de préciser le lieu de chaque réplique : il suffit d'indiquer qu'à partir de cet instant, les deux personnage seront vus en alternance. Cela se fait en insérant cette ligne :
[MONTAGE ALTERNÉ]
Cependant, en vérité, nous nous trouvons devant deux cas possibles : soit le coup de téléphone se termine dans ce second décor, soit il prend fin dans le premier (l'appartement dans notre exemple). Il faudra donc revenir dans ce décor. Cela peut se faire immédiatement (après la deuxième réplique), ou juste avant la fin de l'appel téléphonique. Ce retour s'effectue avec un Titre de scène un peu particulier en ce sens qu'il ne possède pas de Numéro mais, à sa place, la mention « RETOUR » (Les logiciels dédiés sont parfaitement capables de prendre en compte ce genre de cas.)
[RETOUR décor de départ]
Le tableau qui suit résume les deux cas possibles :
Cette mise en page ne présume en rien du montage final. Mais il faudra impérativement tenir compte de la dramaturgie. Si l'un des interlocuteurs doit rester anonyme, par exemple, une telle présentation pourrait être source d'erreurs d'interprétation.
Néanmoins, ce principe peut être adapté aux divers cas particuliers qu'un scénariste est amené à rencontrer. Alors, finis les Titres de scène à chaque réplique, finies les pages surchargées d'indications inutiles et... quelle économie d'encre !
QUELQUES EXEMPLES TROUVÉ ICI ET LÀ
Comment font les autres, et surtout les professionnels?
Voici des exemples trouvez ici et là, généralement dans des éditions livresques des scénarios — s'il n'est guère possible de faire confiance à la mise en page, nous pouvons accorder quelque crédit aux découpages (en scènes) que nous y trouvons.
Les éditeurs ne marquant quasiment jamais quelle est la version du scénario qu'ils nous proposent, nous sommes réduits aux conjectures.
PASCAL BONITZER : "RIEN SUR ROBERT"
Édité à la Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma.
Scénario de Pascal Bonitzer.
C'est très certainement le scénario de départ, celui sur lequel travaillait P. Bonitzer avant la mise en production. Le style est plus que minimaliste: il ne numérote que les séquences.
C'est la présentation d'un auteur qui s'attache durant cette phase au travail de sa dramaturgie et de ses dialogues. Soyons certains que ce ne fut pas le script de tournage.
JANE CAMPION : "LA LECON DE PIANO"
Édité par 10/18 — domaine étranger.
Scénario de Jane Campion
Le grand classicisme:
Personne ne sera surpris par de telles habitudes.
CLAUDE CHABROL: "RIEN NE VAS PLUS"
Édité par Arte Éditions
Scénario de Claude Chabrol.
Là non plus, pas de choix sortant des habitudes:
Les noms des décors sont rédigés. Ils s'insèrent très bien dans le flot de la rédaction.
PASCALE FERRAN : "PETITS ARRANGEMENTS AVEC LES MORTS"
Édité par Arte Éditions
Scénario de Pierre Trividic et Pascale Ferran — Collaboration scénaristique d'Arnaud Desplechin
Une étrange et déroutante manière de numéroter scènes et séquences.
Dans la transcription ci-dessous, les scènes se suivent:
J'avoue être très perplexe sur la numérotation. Il m'a fallu parcourir le scénario pour entrevoir le système. C'est un film découpé en parties où les scènes sur la plage ont reçu leur propre numérotation. Était-ce utile? Pour l'écriture? Pour le lecteur? Pour le tournage? Les raisons ont très certainement servi les auteurs.
STANLEY KUBRICK : "EYES WIDE SHUT"
Édité par Poket
Adapté de "Rien qu'un rêve" d'Arthur Schnitzler.
Scénario de Stanley Kubrick et Frederic Raphael.
Une manière de former ses titres de scène rare. Jugez en vous-mêmes:
La localisation sert de séparateur entre le sous-décor et le décor, c'est astucieux.

