— La bouée m'a été très utile pour lire l'article du bandeau, si ! si !… 

Vous m'en voyez ravi…

Nous allons repartir du schéma de base, celui-ci :


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La question qui se pose à nous maintenant est la suivante : comment animer cette structure ? Comment faire « avancer » l'histoire. Le spectateur a besoin de sentir que le drame progresse. Si nous ne sommes pas « emportés » par le spectacle, nous nous ennuyons ferme ; pire, nous ne le comprenons pas. Les simples faits ne nous suffisent pas. Nous voulons toujours saisir les causes et imaginer les conséquences des évènements dont nous sommes témoins ; nous voulons comprendre.

Revenons un instant à notre ami Koulechov : deux images se suivent, la signification de la seconde n'existant que grâce à la première. À un niveau plus élémentaire, n'est-ce pas le même schéma que celui de l'Ouverture-Clôture ? Si, dans l'effet Koulechov, c'est l'expérience partagée par le personnage et le spectateur, qui fait naître le sens, dans un film, c'est le processus même qui permet l'interprétation.

Tout film présente un aspect dramatique et un aspect thématique. Le premier se rapporte au processus, c'est-à-dire à l'ensemble des actions qui mènent le film de son point de départ à son point d'arrivée (« drama », en grec, signifie action) et le second concerne le domaine du sens exprimé par ce développement — et transmis aussi en actions ! (autant que faire se peut).

Un film uniquement constitué d'actions n'est qu'une accumulation de péripéties, et l'ennui est inévitable ; à l'inverse, un film sans actions se résume souvent à de vains bavardages (et la sortie est au fond de la salle). Mais ajoutons immédiatement que la parole peut être action !

Un scénario se construit en alliant les deux aspects. Il avance tel un marcheur : en mettant un pied devant l'autre, un pas pour l'action, un pas pour le thème, et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'histoire.

Les premières idées qui président à la naissance d'un film concernent souvent l'aspect thématique : on a quelque chose à dire, une idée à défendre, un point de vue à exprimer. Comment faire « passer » cela ? Le néophyte le fera dire par un personnage, et l'oeuvre sera faible ; le scénariste tant soit peu expérimenté cherchera une « image ».

Dans le film Amadeus de Milos Forman, tout le film est construit pour aboutir à un simple geste (une action, donc), celui de la femme de Mozart enfermant dans un meuble vitré les partitions du Requiem écrites, sous la « dictée », par Salieri. L'image ne dure pas plus de trois secondes. En lui-même, ce plan n'est là que pour ce seul geste. Et pourtant, dans le film, il exprime l'échec total de Salieri dans sa lutte avec Dieu.

Comment cela est-il possible ? C'est la place de l'action dans le temps qui le permet. Place nécessaire mais non suffisante. Que faut-il en plus ? L'effet Koulechov nous le suggère : une autre information qui servira de référence. C'est parce que l'Ouverture du film a posé le problème de Salieri que la Clôture peut exprimer la défaite du rival de Mozart. Mais contrairement à l'effet Koulechov, l'interprétation n'est pas immédiate : Il faut contraindre le spectateur à venir au sens du film par un processus irrésistible.

Mais qu'est-ce qui anime ce processus ? Quelle est donc la force qui le tire ? Reprenons notre métaphore nautique et, après le dramatique et le thématique, ajoutons une paire de rames (c'est plus réaliste) à notre galère.
 
 Introduisons les notions de Protagoniste et d'Antagoniste . Le mot protagoniste vient du grec : prôtagônistês, de prôtos "premier"et agônizesthai "combattre, concourir"  ; quant à antagoniste, mot d'origine grecque lui aussi, il est celui qui s'oppose, l'adversaire, le concurrent (c'est aussi le sens de "Satan").

Protagoniste et Antagoniste désignent de prime abord deux forces. On pourrait penser qu'une seule d'entre elles suffirait à tirer l'Histoire ; et la force Protagoniste semble naturellement destinée à ce rôle. Alors, pourquoi lui en opposer une autre ?

Pour comprendre cela, il va d'abord nous falloir faire un petit effort de mémoire… 
 
Souvenez-vous de l'époque pas si lointaine où vous étiez dans le ventre de votre mère. Aviez-vous faim que vous étiez aussitôt nourri ; aviez-vous soif que vous étiez désaltéré sur le champ ; aviez-vous un besoin qu'il était immédiatement satisfait. C'était l'Eden avant la chute.

Hélas ! il vous a bien fallu naître un jour et connaître la faim, la soif, la frustration. Certes, l'expérience vous a prouvé qu'au bout de l'attente venait l'apaisement, mais vous en avez été marqué à vie. Entre un besoin et sa satisfaction, ce n'est pas l'éternité mais c'est tout comme… 

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L'image de cette frustration fondamentale se retrouve dans la construction dramatique : c'est elle qui sous-tend l'oeuvre depuis le début jusqu'à la fin. Par définition, le drama est l'imitation d'une action humaine. Toute imitation qui prétendrait ignorer cette expérience serait immédiatement rejetée pour manque de crédibilité.

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Tout l'art dramatique consiste en la création d'un état de frustration, de tension, d'attente.

— Alors, comme ça, pour vous… nous sommes tous des… masochistes ?

Partager des émotions fussent-elles négatives n'est pas du masochisme ! Vivre par procuration est une manière de maîtriser ces émotions. Il est permis de pleurer au cinéma… 

Cet écart, ce manque de satisfaction immédiate (tant pour le personnage que pour le spectateur), il faut le faire naître — c'est le rôle de l'Ouverture, et il faudra ensuite résoudre la tension qui en résulte — c'est à la Clôture de le faire, définitivement.

On comprend mieux dès lors certaines exigences de la construction dramatique, entre autre la correspondance indispensable entre l'Ouverture et la Clôture : on ne désaltère personne avec un quignon de pain ! De même, la nécessaire unité d'une oeuvre s'explique facilement. Changer de tension, c'est changer de sujet, et sa disparition marque la fin de l'oeuvre.
 
 Il a fallu, pour faire naître ce manque dans notre vie, un événement créateur : notre naissance — qui précipita chacun de nous dans la loi du monde. De même, pour une oeuvre dramatique, il faut un événement déclencheur.

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Ce qui est illustré ici, c'est l'action de la fonction Antagoniste à l'Ouverture, pas l'intervention d'un personnage ! Nous y reviendrons.

Cette intervention fait naître la fonction Protagoniste, pas le personnage qui l'incarne !

protagoniste


— Est-ce toujours forcément à l'Ouverture que cela se passe ?

Vous avez raison de poser la question car l'apparition de l'Antagoniste (le personnage représentant la fonction) peut se situer avant l'Ouverture. De plus, il est tout à fait possible qu'il soit absent à ce moment ! Et le Protagoniste nous est connu souvent depuis les premières images.

— La fonction est en italique et le personnage sans… 

Oui. On savait déjà que vous n'étiez pas sourd, réjouissons-nous car vous n'êtes pas aveugle non plus !

— J'espère que vous n'oublierez pas de faire la différence… 

Dois-je appeler mon avocat à mon tour ?

Ce qui nous intéresse pour l'instant, ce sont les deux fonctions : Protagoniste et Antagoniste respectivement représentées par le Protagoniste et l'Antagoniste.

L'intervention déterminante de l'Antagoniste modifie le destin du Protagoniste en créant dans sa vie un écart, une faille, un manque, un besoin, un problème à résoudre qui va déterminer le but qu'il doit atteindre, son Objectif, élément indispensable à la bonne articulation du drama.

Le Protagoniste est donc celui qui subit la perturbation, celui à qui est donné un objectif, un but à atteindre, celui qui porte le film.

Dès que la force Antagoniste a fait naître la force Protagoniste, Protagoniste et Antagoniste sont liés entre eux comme les deux faces d'une même monnaie.

Le spectateur engrange les informations durant le premier acte tant que Protagoniste et Antagoniste n'ont pas lié leur destin ou fait naître une ébauche de Question dramatique ; et si ce moment tarde trop, le spectateur a le sentiment que le film se traîne et n'arrive pas à démarrer. Mais sitôt passé l'Ouverture, le spectateur attend dès lors une réponse qui ne viendra qu'à la Clôture.

Le spectateur a faim !

— Et revoilà la métaphore culinaire… 

Première tétée, premier biberon… tout vient de là, ou presque — en tout cas, première frustration, premier conflit de la vie.

 Prenons un exemple relativement simple à analyser ; un film de construction linéaire où le Protagoniste est facilement identifiable … 

— Que voilà des restrictions inquiétantes, et qui promettent des lendemains… enchanteurs !

Oui, vous n'êtes pas au bout de vos peines !
 
Le film en question s'intitule RAIN MAN (1). Nous découvrons le Protagoniste dès l'Exposition : il s'appelle Charlie Babbit. Il a un grave problème d'argent suite à de mauvaises affaires. C'est un homme égoïste et distant.

Ce schéma représente le premier acte :

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L'Incident déclencheur intervient très tôt, vers la septième minute : Charlie Babbit apprend la mort de son père avec qui il était fâché.

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Après l'enterrement, nous découvrons une voiture ancienne et remarquable (Charlie B. vend des voitures !) qui fut à l'origine de la brouille entre le père et le fils. C'est aussi à ce moment que nous entendons pour la première fois le nom de Rain Man désignant une sorte de croque-mitaine dont les parents de Charlie usaient dans sa petite enfance.

Vient alors la lecture des récriminations posthumes du père et l'annonce que Charlie n'hérite que de la fameuse voiture (et des roses) — l'argent, c’est-à-dire le principal, étant légué à une association.

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L'annonce intervient vers la treizième minute… 

Tout est fait pour signifier la haine du père pour son fils jugé indigne. Charlie n'entend pas se laisser spolier de son héritage. Il découvre alors que le bénéficiaire est une institution psychiatrique. Il décide de s'y rendre. C'est lors de cette visite qu'il découvre l'existence de son frère autiste, Raymond, bénéficiaire de l'héritage — Rain Man n'est autre que la déformation de Raymond…  

C'est la voiture qui permet la rencontre des deux frères — voiture toujours refusée à Charlie mais que Raymond l'autiste avait le droit de conduire lors des visites de leur père.

ouverture


La structure d'une ouverture est souvent complexe et riche. Nous retiendrons pour l'instant que celle-ci se passe entre la dix-septième minute et la vingt-sixième ; qu'au cours de ces scènes, Charlie a pris la décision de repartir avec son frère, bien décidé à faire valoir ses droits (mais cette décision ne sera vraiment connue qu'au second acte).

La fin du premier acte se situe au moment même où la voiture les emportant passe un pont… 

Le Protagoniste, c'est Charlie. Le représentant de la force Antagoniste, c'est Raymond. L'Antagoniste lui-même étant le père défunt qui leur a légué son propre rapport conflictuel avec Charlie. Raymond sera par la suite plus un Obstacle qu'un Antagoniste. Cette force étant toujours présente et représentée par le directeur de l'institution, bénéficiaire du legs, dont les motivations n'auront plus rien de personnel.

— Va pour le Protagoniste… mais un Antagoniste mort, qui lègue sa rancoeur à son fils autiste — qui ne peut même pas la reprendre à son compte — vous n'auriez pas un film plus simple ?
 
 Un autre film ?… LA VIE DES AUTRES (2) n'est pas sans intérêt, d'autant plus que c'est un film qui possède un vrai troisième acte d'une vingtaine de minutes.

Le film commence par un portrait de Gerd Wiesler, un agent de la Stasi, efficace et froid, le type même du parfait agent au service du pouvoir. Le cours qu'il donne à de futurs agents où il enseigne la manière de faire craquer un suspect est terrible : cet homme est sans état d'âme. Puis arrive Anton Grubitz, son chef, qui est venu écouter cette leçon magistrale et l'inviter à l'accompagner au théâtre.

Au cours de la représentation, nous faisons connaissance de Georges Dreyman et de sa compagne Christa-Maria Sieland. Ce sont des artistes officiels du régime — au-dessus de tout soupçon.

Wiesler les observe à la jumelle — est-ce la beauté de la femme qui l'intéresse ou Dreyman qui attire son attention ? En tout cas, Wiesler fait part à Grubitz de sa suspicion à leur égard. Grubitz n'est pas de cet avis mais quand le ministre Bruno Hempf lui demande de mettre le couple sous surveillance, Grubitz retourne sa veste et ordonne à Wiesler de s'occuper de l'affaire.

Au cours du cocktail qui suit la représentation, où de moins complaisants artistes critiquent le pouvoir autant qu'ils le peuvent, Dreyman est amené à défendre Albert Jerska, son habituel metteur en scène, interdit de travail pour raison politique.

"Vous dites que les gens changent mais les gens ne changent pas !", objecte le ministre. Jerska ne retravaillera pas !

Une équipe de la Stasi installe alors des micros dans toutes les pièces de l'appartement du couple.

Dreyman va rendre visite à son ami Jerska et lui fait espérer un retour en grâce proche. Jerska, au chômage forcé depuis plusieurs années, n'est plus intéressé par cette vie brillante qui fut la sienne autrefois : il affirme avoir, quant à lui, évolué ; et il ne croit pas un mot de ce que lui promet son ami.

Voilà ! Fin du premier acte.

— L' Antagoniste, c'est Wiesler, le Protagoniste, c'est Dreyman… 

N'allez pas si vite en besogne ! Pour déterminer qui est quoi, il faut avoir vu le film en entier ; il faut connaître la Clôture pour déterminer les fonctions.

Evacuons tout de suite l'idée que le Conflit entre la force Protagoniste et la force Antagoniste n'est autre chose que la lutte du Bien contre le Mal. Si certains films peuvent le laisser penser, cette interprétation est bien trop réductrice. Le Conflit est l'opposition de deux abstractions : la force Antagoniste, perturbatrice, et la force Protagoniste qui, née de cette perturbation, tire le film vers la Clôture — mais la lutte de ces forces, actualisées dans un film particulier, peut défendre une position morale.

L'arrière-plan de La Vie des autres est le régime policier qui régnait alors en RDA. Ses principaux représentants dans l'histoire sont au nombre de trois : le ministre Bruno Hempf qui abuse de son pouvoir pour régler ses affaires personnelles, Anton Grubitz qui lui obéit par carriérisme, et Gerd Wiesler qui agit par conviction.

Ils incarnent la force Antagoniste, non parce qu'ils symbolisent le mal mais parce que ce sont eux qui perturbent la société civile par leurs actions, et ce depuis bien avant le début du film.

La force Protagoniste est représentée principalement par Geroges Dreyman. Remarquons tout de suite que c'est un auteur chéri du pouvoir. Dreyman ignorera jusqu'à la fin — il ne l'apprendra qu'en début de troisième acte — qu'il faisait l'objet d'une surveillance.

Tout semble réunit donc pour que l'on puisse affirmer : Le Protagoniste, c'est Dreyman, l'Antagoniste, c'est Wiesler. Oui, mais… 

Une des caractéristiques du Protagoniste est d'évoluer au cours du film. Une autre est de porter le sens du film. C'est à l'évidence Gerd Wiesler qui porte le film et évolue — c'est lui le Protagoniste !

— Attendez ! Wiesler est à la fois Antagoniste et Protagoniste ?

Wiesler nous est présenté comme le représentant de la force Antagoniste au début du film mais la fin nous invite à revoir notre jugement et lui attribuer le statut de Protagoniste : parce qu'il évolue, parce qu'il porte le sens du film. Ce qui ne veut pas dire que Dreyman n'évolue pas, bien au contraire ; et c'est même son évolution qui trouble Wiesler… 

— Mais la vie de Dreyman est perturbée par la Stasi !

La vie de Dreyman a bien été perturbée par la force Antagoniste mais cela s'est passé avant le film et à travers un autre personnage : Jerska — il faudra le suicide de Jerska pour que Dreyman prenne conscience de la véritable nature du régime et agisse en conséquence. La conversation durant le cocktail est l'image d'un Incident déclencheur ayant eu lieu hors film ; et si certains amis de Dreyman en ont déjà tiré la leçon, ce n'est pas son cas sur le moment.

Maintenant si l'on regarde les conséquences des écoutes sur Wiesler, force est de constater que c'est lui qui en est perturbé. Dreyman est l'Antagoniste de Wiesler !

Il n'y a qu'une seule intrigue dans ce film et tous les événements y appartiennent. Mais il y a plus d'un fil — c'est-à-dire plus d'une série de causes à effets. Ces fils courent en parallèle, ce qui a pour conséquence de multiplier les articulations dramatiques : chaque fil présentant les siennes.

Au début de la séquence suivante (première partie du second sous-acte du premier acte), Wiesler émet tout de suite des doutes sur la loyauté de Dreyman ; cette Ouverture locale aura pour Climax local la scène avec le ministre où il est décidé de mettre Dreyman sous surveillance.

Quel est l'Incident déclencheur dans ce film ? Est-ce l'invitation de Grubitz (fin de l'Exposition — très bonne place) ou les soupçons de Wiesler ? Ou bien encore la demande de surveillance de Hempf ? Tous ces événements sont liés et leur intensité dramatique va croissant. C'est sans doute le nom de cette articulation dramatique qui n'est pas très bon parce qu'il sous-entend un événement plus ou moins spectaculaire. Il convient très bien aux films d'action (le voisin a écrasé mon escargot) et moins aux films plus subtils.

La Bascule, c'est l'instant où Wiesler, qui a compris ce que le ministre exige d'eux, ne peut cacher sa satisfaction.

La longue scène suivante, entre Dreyman et Hempf, constitue le sous-acte 2B1. Il s'ouvre avec le discours du ministre, bascule au moment même où le nom de Jerska est prononcé, et se termine avec le refus d'Hempf de pardonner à Jerska.

Puis Wiesler et Grubtiz rentrent ensemble . Ils parlent de l'opération à venir et anticipent les bénéfices d'un succès. La scène suivante montre la triste vie privée de Wiesler. Ces deux scènes font transition et se placent naturellement au Pnr entre le 2B1 et le 2B2.

Le 2B2 commence avec Wiesler guettant le départ de Dreyman pour pénétrer chez lui.

Le film n'est pas encore totalement ouvert.

L'Ouverture sur le fil Antagoniste (Dramatique) montre l'installation des micros chez Dreyman et la menace à la voisine.

L'Ouverture sur le fil Protagoniste (Thématique) est réalisée avec la scène où Dreyman ment à Jerska — Wiesler n'y apparaît pas en personne, certes, mais la question que se posent Jerska et Dreyman est la suivante : ces hommes peuvent-ils changer ?

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L'aspect le plus fascinant de ce film est le fait que la force Antagoniste est représentée par le Protagoniste, et la force Protagoniste, par l'Antagoniste ! Amusant, non ?

— J'ose à peine vous demander le statut de Christa-Maria !

Christa-Maria évolue peu ; elle se brise. Maîtresse obligée du ministre, elle se révolte contre lui, inspirée en cela par sa rencontre avec Wiesler, dont elle ignore tout, et qui l'enjoint d'être elle-même. C'est une magnifique scène où les arguments de Wiesler ont pour origine ses écoutes clandestines. Christa-Maria les prend pour les intuitions d'un admirateur, et c'est ce qui la décide à ne pas se rendre à son rendez-vous avec le ministre. Le début de la chute. Les initiatives de Wiesler auront toujours fait le malheur de Christa-Maria dont il est évidemment amoureux.

Trois hommes pour la même femme. Christa-Maria est l'Objet désiré.

Objet désiré !… Protagoniste, Antagoniste, Objet désiré… et quoi d'autre encore ?

Destinateur, Destinataire, Adjuvant… Ce sera pour plus tard.

Pour savoir qui est le Protagoniste d'un film, il faut se demander lequel de tous les personnages l'histoire est racontée — il y a toujours un personnage plus central que les autres.

La Vie des autres raconte l'histoire de Wiesler : il commence le film et le termine. Il est amusant de noter qu'après la chute du régime communiste, il gagne sa vie en distribuant des prospectus commerciaux… la propagande de son nouveau monde. Mais ça, c'est une autre leçon… 

— Vous n'auriez pas un film plus simple en magasin ?
 
 Voyons… WITNESS (3)…

Samuel, un jeune garçon amish est témoin d'un meurtre. John Brook, le policier qui s'occupe de l'affaire, lui présente les suspects habituels, sans succès. L'enfant finit par reconnaître l'assassin sur une photo, celle d'un policier mis à l'honneur dans le commissariat.

Brook cache l'information à ses collègues mais se confie à son supérieur hiérarchique ; le lendemain, le flic mis en cause tente de le tuer. Fin de l'acte I.

Je n'ose plus rien avancer… 

L'Exposition présente la vie chez les amish. La première scène montre un enterrement, celui du mari de la mère de Samuel, Rachel. C'est aussi ce qui motive leur départ : elle retourne chez son père.

Le meurtre dont Samuel est le témoin est le Climax local du second sous-acte du premier acte (2B1). C'est l'Incident déclencheur — pas de problème ici.

Brook arrive à la Bascule. Au départ, ce n'est qu'un flic qui fait son travail. Il n'acquiert véritablement le statut de Protagoniste qu'à l'instant où il devient partie prenante de l'histoire, par la tentative de meurtre dont il est victime.

Le moment où Samuel reconnaît le meurtrier sur la photo est un moment fort mais ce n'est pas le Climax de l'Acte I — l'Ouverture d'un film a sa propre structure en cinq temps (nous verrons ça plus tard). Ce moment est la fin du premier temps de l'Ouverture !

De plus, il faut prendre en considération le fait que ce film a deux intrigues… 

— Je me disais aussi… 

La seconde, qui va occuper la majeure partie du film, est l'histoire amoureuse que Brook va connaître avec Rachel. Il y a une scène dans le premier acte qui constitue l'Ouverture de ce fil : ils déjeunent tous ensemble et Rachel lance la conversation sur le célibat de Brook… 

Le deuxième acte va donc être principalement consacré à l'histoire d'amour (en milieu amish…!!). L'intrigue policière revient de temps à autre, rappeler que l'enjeu est la vie ou la mort, et c'est ce fil policier qui contient le Climax. L'histoire d'amour impossible (amish-erie oblige), est évacuée dans le seul troisième acte, court comme il se doit.


 L'analyse, fort rapide, de ces films n'a d'autres buts que de vous inciter à la prudence : pas de cases à remplir ; ce serait improductif. Ces notions sont destinées à l'analyse, et uniquement à celle-ci.

— Ce qui m'amène néanmoins à la question suivante : à quoi servent ces connaissances ? À quoi ça sert tout ça ?

À rien !

En tout cas pas pendant l'écriture. Toutes ces notions fort abstraites seraient plutôt une gêne. Vous pouvez à la rigueur passer votre premier jet à leur crible, et encore. Leur étude ne sera néanmoins pas sans quelque bénéfice : elle forgera votre jugement, à condition de savoir… oublier.

— Ooooooh!… Je sens que… que… 

Que vous allez vous jeter par la fenêtre ? Dans ce cas, ceci s'impose !


(la suite suit)


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